Christian, cuisinier « A 45 ans, je ne me voyais plus exercer le métier d’architecte jusqu’à ma retraite »

Architecte de formation (presque par hasard), puis fondateur d’une agence de communication (dans une deuxième vie), Christian Gaubert décide à 45 ans de passer son CAP de cuisinier. Diplômé depuis un an, il a lancé début juin 2013 son ‘’foodtruck’’ baptisé Naked Frog. Si vous êtes du côté d’Aix en Provence, peut-être aurez-vous la chance de croiser sa route !

CGIndépendant, Christian Gaubert l’est par nature. Volontaire également. Peu enthousiasmé par la scolarité, du genre rebelle à l’étude mais conscient des enjeux, il demande à ses parents de le placer chez les Jésuites à son entrée en première. Il n’y reste qu’un an, mais se relance et finit par décrocher un bac B (ES). Ce précieux sésame en poche, il envisage d’abord de devenir éducateur puis, au hasard d’une visite dans un CDI, découvre la formation d’architecte. « J’ai vu une photo de l’école d’architecture où un prof, barbu et sympathique, donnait un cours. L’ambiance avait l’air cool. Du coup j’ai postulé et, à l’époque, les places n’étaient pas aussi chères qu’aujourd’hui : j’ai donc été admis, même avec un bac B…  » se souvient-il. Une fois diplômé, il enchaîne sur un troisième cycle d’Urbanisme Proche-Oriental puis fait quelques premières missions en agence avant d’être embauché par AREP, la filiale de la SNCF qui conçoit les gares. « Je n’étais toujours pas persuadé que ma vocation était l’architecture… Un jour, devant la machine à café, j’ai dépanné un monsieur que je ne connaissais pas, et qui s’est avéré être le dircom de la boite. Il cherchait un collaborateur, j’ai dit banco ! ». A la naissance de son premier enfant, Christian décide de se mettre à son compte et crée sa société de communication visuelle. « Cela m’a permis d’être plus présent à la maison car j’organisais mon emploi du temps à mon rythme. La famille s’agrandissant, ma compagne et moi avons voulu trouver un logement plus grand. Hélas, sur Montreuil où nous étions basés, les tarifs étaient devenus prohibitifs et nous avons pris le taureau par les cornes en quittant carrément l’Ile-de-France, direction le sud et le village de Cabriès, entre Aix et Marseille, où nous sommes installés depuis 2003 ».

« Mon indépendance et mon peu d’aptitude à faire des concessions étaient incompatibles avec une vraie carrière d’architecte »

Une fois dans le sud,  Christian continue dans un premier temps à travailler pour sa société, mais la distance n’aide pas. Il finit par reprendre  une mission d’architecture en CDI. Lorsque celle-ci s’achève, hélas, rien de ce qui se présente ne lui plait. « On me proposait notamment de faire des maisons provençales et ça ne me disait rien. Le problème était toujours le même : mon indépendance, mon peu d’aptitude à faire des concessions, en un mot mon piètre sens commercial » raconte Christian. On est à l’époque en plein débat sur les retraites et cela provoque chez lui une prise de conscience : non, il ne se voit pas exercer encore la profession d’architecte à plus de 60 ans. « Ne pas être heureux au travail est quelque chose que je conçois mal. Je me suis alors dit qu’il fallait que j’aille enfin vers quelque chose que j’aimais et la cuisine s’est imposée à moi, comme une évidence ». Il faut dire que, depuis tout petit, Christian traîne avec gourmandise derrière les fourneaux, dans le sillage de sa maman qui est professeur de cuisine dans une association, mais aussi dans celui de sa tante. « J’ai su très jeune me faire à manger, et j’aime ça… Pour devenir cuisinier, j’ai voulu faire les choses dans les règles de l’art en passant mon CAP. » Autour de lui, son projet fait l’unanimité, même si ses parents se montrent un peu inquiets. Sa compagne, architecte elle aussi, partage sa philosophie de la vie et l’encourage à se reconvertir pour enfin trouver un réel épanouissement dans sa vie professionnelle.

« Cette année de CAP m’a donné un sérieux coup de jeune »

A la fin de son dernier contrat d’architecte en tant que salarié d’un cabinet, Christian demande à bénéficier d’un Fongecif et enchaîne sur un CAP de cuisine dans le prestigieux lycée hôtelier Bonneveine, à Marseille. « Nous étions quatorze dans ma promo, sept jeunes chômeurs de 20 à 25 ans et sept ‘’vieux’’, comme moi, des quadra quoi… Sept femmes et hommes venus de tous horizons, une ambiance vraiment sympa et un rythme de fou, de 7h à 17h chaque jour, sans les vacances scolaires puisqu’elles étaient occupées par des stages. Une année extra, où j’ai appris un maximum de choses, avec un groupe où la cohésion faisait plaisir à voir, ça m’a donné un petit coup de jeunesse ! Mes trois enfants rigolaient bien de me voir partir au lycée en costume sombre, sapé comme il faut l’être en hôtellerie… Ils ne m’avaient jamais vu avec une cravate ! » La cuisine est un secteur qui recrute : aucun souci donc pour trouver des stages et, si ceux-ci se passent bien,  pour les voir se transformer en embauche. C’est ce qui se passe pour Christian, qui avant même la fin de sa formation, se voit proposer un poste aux Grandes Tables de la Friche de la Belle de Mai à Marseille. « J’y ai travaillé pendant huit mois puis j’ai à nouveau fait un choix : les horaires, très lourds, ne me permettaient pas de continuer à m’occuper de mes enfants. Il était temps de créer ma propre activité en choisissant mon rythme et mon organisation. »

« Une association et une plateforme d’initiative départementale m’ont aidé à monter un dossier solide »

Restait à trouver la bonne formule ! Qu’à cela ne tienne, Christian avait déjà sa petite idée sur la question. « Depuis mon adolescence, je me rends en Angleterre le plus souvent possible, j’adore ce pays. C’est là-bas que j’ai découvert, il y a fort longtemps, le principe du ‘’food truck’’, qui est en train de devenir très à la mode en France. Cette tradition étant historique au Royaume-Uni, les Britanniques sont très forts pour aménager les véhicules et c’est chez eux que j’ai commandé le mien ». Difficile pour autant en France de s’implanter sur la voie publique, les formalités étant pour le moins décourageantes. Alors, pour monter son ‘’business plan’’, Christian contacte avec succès des entreprises à qui il propose d’offrir ces services sur leur parking, pour la pause déjeuner. « Ensuite, pour formaliser ma création d’entreprise et obtenir des fonds, j’ai d’abord été aidé par PlaNet Adam. Cette association accompagne tout public souhaitant créer son activité quelle que soit la forme juridique choisie. Elle participe à l’élaboration du business plan en collaboration avec le porteur de projet et assure le suivi post-création. J’ai également reçu le soutien de Pays d’Aix Initiative, plateforme départementale qui accompagne les entrepreneurs et permet d’accéder à des prêts à taux zéro. Grâce à eux, j’ai également pu monter un dossier solide qui m’a permis d’obtenir le reste de mon financement auprès d’une banque. »

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« Je veux proposer une alimentation multi-culturelle, responsable et locale, sans oublier d’être raffinée »

Christian lance donc, en ce début juin, son ‘’food truck’’, un Citroën Type H baptisé Naked Frog. Son credo ? Désacraliser la gastronomie traditionnelle, l’amener dans la rue, afin de reconquérir un territoire abandonné à la cuisine bon marché. « Mes voyages dans les pays anglo-saxons ainsi qu’au Proche Orient, les traditions suédoises apportées par ma compagne et mon attirance pour la cuisine asiatique, par définition nomade, ont guidé mon regard sur une autre pratique de la restauration. La ‘’grenouille’’ prendra la route pour amener ses clients sur les chemins d’une alimentation multi-culturelle, responsable et locale, sans oublier d’être raffinée ». Le menu du midi variera en fonction de l’humeur du chef, des saisons, du climat et, bien sûr, du marché. Avec toujours au programme une soupe du jour, une tarte, un plat et une salade, sans oublier les sandwiches. Au-delà des entreprises, Christian proposera aussi ses services aux particuliers pour leurs réceptions, « un créneau où j’avais déjà de la demande, avant même d’avoir démarré ».

« Les métiers de l’artisanat sont une fantastique source d’épanouissement»

Le conseil de Christian à ses enfants ? « Faites ce que vous aimez ! Je suis atterré quand j’entends les discours que l’on tient aux jeunes dès le collège, comme s’il fallait absolument avoir son bac et faire de longues études pour être heureux dans la vie. On ne leur parle pas des métiers de l’artisanat, qui sont pourtant une fantastique source d’épanouissement et peinent à recruter. Coiffeur, garagiste, cuisinier, etc : autant de professions dévalorisées de la part des enseignants et de la société en général. Mon beau-frère est ébéniste, il a un carnet de commande bien rempli, gagne très bien sa vie et s’éclate dans son atelier ! C’est affolant de voir ce discours perdurer, surtout avec le taux de chômage qui ne cesse de grimper. J’incite d’ailleurs mes enfants à ne pas l’écouter et à suivre leur propre voie » conclut Christian.

http://nakedfrog.fr/
https://www.facebook.com/NomadeFoodTruck

Texte Corinne Martin-Rozès / Illustration © Maud Benaddi
— Texte et images ne sont pas libres de droit —

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12 réponses

  1. Trouver sa place, c’est l’essentiel et c’est visiblement le cas de Christian. Ça c’est une réussite !

  2. Audacieux, c’est un mot qui fait peur aujourd’hui… mais pas à Christian apparemment !

  3. Comme je comprends votre vécu et vous félicite. J’ai un mari architecte et lui aussi est indépendant et ne se laisse pas piétiner, notre profession est mise à mal, on nous ignore, parfois on nous oublie ou on nous traite comme des chiens, et cela ne correspond plus du tout à nos idées de jeunesse ! Nous sommes heureux qu’aucun de nos trois enfants n’aient eu envie de prendre le même chemin !
    Bravo à vous pour ce grand changement, peut être un jour nous croiserons nous, nous allons souvent dans le Var.

  4. Bonjour,

    Actuellement en pleine création d’un authentique Food truck sur la région Lilloise tout droit venu de Floride, je trouve votre démarche très intéressante. Cela fait pour moi même plus d’un an que je suis sur le projet ( l’importation d’un step van d’origine est très compliqué) avec des hauts et des bas, mais une super aventure!!
    Pour mon Food truck, Chicken gourmet, je souhaite proposer des Burgers et poulets rôtis revisités. L’ensemble de nos produits sont locaux, issus de fournisseurs soucieux de la qualité de leur produit ( pain pétri mains tous les jours, fromage de fromageries artisanales…).

    Dèbut septembre vous pourrez retrouver Chicken Gourmet sur la métropole Lilloise et sa région; n’hésitez pas à passer nous voir :-)!

    http://www.chickengourmet.fr
    https://www.facebook.com/pages/Chicken-Gourmet/135143933306298

    A bientôt,

  5. Que cela fait du bien de lire des témoignages exemplaires sur la positivité. Vous êtes un exemple concret avec un regard pragmatique sur la vie. Ce dont on a besoin en France ! Merci beaucoup.

  6. bonjour
    je vous félicite pour le courage qu’il vous a fallut et vous avez entièrement raison concernant la revalorisation des beaux métiers de l’artisanat.
    ceci dit je suis dans votre cas mais à l’inverse, je suis directrice d’un restaurant et je ne me sent plus a ma place je pense reprendre mes études pour devenir architecte mais a lire votre récit j’ai peur de ne pas pouvoir en vivre.
    en tout les cas votre courage force le respect.
    bonne continuation

  7. Bravo Christian et un bel exemple! J’espère suivre ton exemple!
    Vous souhaitez faire des études d’architectures ? Mais, connaissez-vous la vraie vie d’un architecte ? Pas ce que vous avez l’habitude de voir à la télévision, mais celle du monde réel?

    Je pense que je pourrai écrire long sur mon expérience professionnelle et qui ne fera pas rêver plus d’un, mais plutôt frémir avant de se lancer dans ce domaine soit disant attirant et créatif. Certains collègues pourront même se reconnaître dans certaines descriptions, j’en suis sûr.
    J’ai la quarantaine et je suis architecte avec une expérience de 16 ans derrière moi.
    J’ai d’abord fait mes études d’architecture dans une école où j’ai été diplômé. Souhaitant être indépendant de mes parents durant mes études, j’ai usé beaucoup d’énergie : je travaillais 32 heures par semaine et faisait les cours du soir, cela pendant 5 ans pour me payer mon studio et surtout pour vivre.
    Deux ans après mon diplôme, durant une année, j’ai travaillé en freelance, et de 2002 à 2005, j’ai effectué de nombreux postes de salariés en CDD.
    Lorsque vous êtes en CDD au sein d’agences d’architectes, le travail est si intense (35 h sur papier mais en réalité 50h voir plus) que vous n’avez pas réellement le temps de chercher un nouveau poste, si ce n’est que le week-end ou une fois la mission terminée; Je me mettais alors au chômage durant un moi, au pire trois mois jusqu’à que je retrouve un nouveau poste, et ainsi de suite, je débouchais sur un nouveau CDD de 3 mois à 6 mois.
    Un CDI aurait été parfait pour moi, mais les concours de circonstances de la vie font que je suis tombé quasiment que sur des CDD, et non des CDD souhaités (je tiens à souligner).
    Fatigué de faire continuellement ces CDD au bout de 8 ans d’expérience, j’avais donc décidé de me mettre à mon compte et d’avoir mes propres clients. J’ai commencé avec quelques projets de rénovations de résidences et de bureaux. Lorsque vous avez une structure et faites des chantiers, vous êtes obligé de vous affilier à une assurance décennale. Sinon vous êtes hors la loi, mais qui vous plombe plus de 5000 euros (La MAF étant trop lent pour une réponse j’ai du me rabattre rapidement sur la SMABTP, soit l’équivalent d’honoraires d’un projet). La crise de 2008 a fait que j’ai mis ensuite la clé sous la porte (ma femme ne travaillait pas et tout reposait sur moi), les chantiers se sont terminés vers des projets de plans uniquement, et je n’arrivais plus à payer mes charges, et c’est là où a commencé ma vraie galère…

    Auparavant, malgré le fait que j’avais une vie assez instable, je trouvais un poste au bout de 4 mois maximum. Là, suite à un poste de CDD, je suis resté pour la première fois durant huit mois sans trouver de travail jusqu’à que l’on me propose des missions d’intérims d’un moi, voir deux semaines par ci-par là, ensuite une mission de six mois. Et de nouveau au chômage je me suis retrouvé au chômage durant 7 mois, et j’ai débouché sur un autre CDD de 5 mois. Ensuite, j’ai passé le cap de la quarantaine, et je suis de nouveau resté durant une année sans travail. Néanmoins, je suis resté positif et je ne faisais pas parti de ceux qui se levait à 10 h pour aller chercher du travail, j’étais devant mon écran dès 8h du matin jusqu’à 22h, pareil au téléphone pour aller chercher des postes spontanés : j’ai du faire au moins 5 fois les pages jaunes de toute la région parisienne, rien, soit un total d’environ 3000 candidatures envoyées. Pourtant tenace, je n’ai pas baissé les yeux.
    Je me fixais comme objectif, une cinquantaine d’agences à appeler par jour avec les annonces sur internet. Ensuite le soir, les envois de CV avec lettres de motivations, et cela tout les jours.
    Comme je ne supportais plus de ne plus travailler, j’ai commencé à faire des petits boulots du type télémarketing durant 2 et 3 mois en intérim. Ensuite, bouche à oreille, on m’a proposé un CDD dans une agence de graphisme, j’y suis resté une année complète. Durant ce CDD, je postulais le soir sur d’autres postes d’architectes. Revenu encore au chômage, j’ai refait les pages jaunes de nouveau et offres par mail. Je tannais comme un fou, avec plus de 6000 candidatures envoyées durant une année !!! Comme je ne trouvais rien, je me suis décidé de changer de voie avec l’aide du pôle emploi. Il m’était venu l’idée d’être propriétaire d’un hôtel (20-25 chambres environ) et de faire une reconversion. J’ai donc entrepris un business plan pour voir si ce projet était viable. Je n’avais pas tenu compte que pour faire cela, il faut reprendre des études à l’université, et commencer en bas de l’échelle, ce que j’ai même accepté (type réceptionniste). Mais les banques n’ont pas voulus suivre mon projet d’hôtel, même avec une franchise. Donc mon projet était dans une impasse et au bout de 6 mois, j’ai laissé tomber ce projet. Suite à ce projet, mon chômage se terminait, j’ai de nouveau trouvé un travail dans le télémarketing durant une année via de l’intérim. Je me suis de nouveau accroché en pensant que la seule façon de m’en sortir serait de créer ma propre société d’architecture. Donc le soir après le télémarketing, je passais toutes mes soirées à créer mon site internet, ect…
    Depuis, je me suis donc mis comme auto-entrepreneur depuis dix mois. Depuis quatre mois je n’ai plus de chômage, j’ai tout essayé pour avoir des nouveaux clients : bouche à oreille, fichiers téléphoniques et bases d’emails pour le b to b, 1-2-3 devis avec qui j’ai du prendre un avocat pour m’en défaire (arnaque), partenariats divers (architectes, collectifs,…), réseaux divers, pages jaunes, 5000 plaquettes que j’ai fait distribuer chez les particuliers et CE dans les entreprises sur place (en main propre),… rien si ce n’est quelques projets de plans sans aucun chantiers, pire qu’en 2007 et 2008 où j’avais eu au moins quelques projets de chantiers.
    Ce milieu est une telle galère, même en étant passionné, tenace, cela ne suffit pas, croyez moi. Il faut vraiment plus que s’accrocher, même étant un bon chef de chantier ou chef de projet. Il faut être très bon comme commercial pour trouver des clients, c’est le plus important. On peut trouver un projet, mais le problème est de faire tourner la roue. Je suis usé par ce métier. Cela fait des années que je ne prends pratiquement plus de vacances (une semaine par an) car il faut payer les factures, … Les plus gros problèmes sont liés à l’argent. Paris est une ville sans qualité de vie. Je ne peux jamais mettre de l’argent de côté, jamais. Je dors mal et cela depuis environ huit ans à cause de cette vie d’architecte bohème. Un ami architecte DPLG est resté 22 mois sans trouver un seul poste, et pareil : tenace, pas paresseux, ne se laisse jamais aller, mais passé la quarantaine à galéré pour trouver un travail (il était chef de projet, licencié économiquement). Une des plus grosse agence de Paris l’a pris, sinon il continuait à galérer. À une soirée, j’ai rencontré un architecte DPLG à son compte que je ne connaissais pas, qui me racontait avec fierté qu’il travaillait à perte ! C’est là où je me suis réveillé et que je me suis dit, c’est ça cette vie ?
    Ok, il y en a qui réussissent c’est clair, mais beaucoup continuent à galérer dans ce milieu. C’est là où il faut commencer à se poser la question : même si je suis passionné, où est ma place ?
    Sachez qu’aucune agence d’architectes ne prend désormais de CDI cela n’existe plus, sauf exception rare celui qui sort d’une école (1 an et 3 ans d’expérience, la loi oblige à payer à hauteur de 36.400 euros brut/an) Donc pourquoi payer quelqu’un d’expérimenté plus cher ?
    Après 10 ans d’expérience, tout se gâte, on coute trop cher aux agences et souhaitent prendre des personnes qui sortent des écoles ou après deux ans d’expérience car ils n’ont pas les moyens de se payer un chef de projet, ce qui est compréhensif. Pour les expérimentés, les seuls postes idéaux se trouvent dans quelques grandes agences connues sur Paris intramuros, ne cherchez pas plus loin pour du CDI. Il faut se mettre dans le crâne qu’au bout d’une certaine expérience, il faut travailler pour soi. J’ai mis au bout de six ans à me mettre cela dans le crâne, qu’il n’y a pas de boulot, mais également que les gérants ne souhaitent pas investir avec un architecte expérimenté, ça leur fait trop peur.
    Autre chose, durant ces 10 derniers mois, j’ai même divisé mes honoraires par trois pour avoir des projets de plans, parce que d’autres jeunes proposent les mêmes services mais pour rien du tout (je ne parle pas de freelance mais de clients en direct). J’ai du donc baisser mes tarifs, mais même en baissant, cela marche difficilement. Pleins d’entreprises générales me contactent tout les jours par téléphone ou par mail, ils ne trouvent pas de chantier. Cela veut dire qu’il y a un réel problème.
    J’ai vécu presque 10 ans à l’étranger et j’avais même pensé à refaire cette carrière d’architecte loin de la France, mais je n’y croix plus, car écœuré. Le milieu de l’architecture et du design est pire que la jungle et je ne vois ni espoir, ni lumière au loin.

    J’ai fait tout ce qui était possible de faire comme architecte pour que cela marche avec une sacrée patience ! Mais après 16 années, j’ai pris la décision que je vais définitivement abandonner ce métier. Pourtant je suis revenu une 2ème fois en pensant que c’était de la malchance, ou je n’avais pas fait ce qu’il fallait ou tripler encore ma force de travail (travailler la nuit).
    Je pensais avant, comme je suis passionné, j’y arriverai avec le temps; Oui j’ai sué ! mais avec quoi en retour ? Ce métier est totalement instable et pleins d’architectes y laissent même leur santé et galèrent toute leur vie. Moi, c’est pas ce que j’appelle vivre mais survivre, ce n’est pas une vie. Par conséquent, je pense que je ne suis plus fait pour ce métier et le destin est un signe qui me dit d’arrêter. Complètement changer de vie, c’est ce que je suis en train de cogiter actuellement mais pour de bon.
    Mais le temps est compté, chaque jour compte car je n’ai pas de chômage, de plus mon âge en France est un problème. Hé oui, les autres pays n’ont pas l’herbe plus verte mais sont plus tolérant sur l’âge. Ici, on est senior à 40 ans déjà !
    Une reconversion de salarié, personne ne me prendra ; pourtant je n’ai pas encore 50 ans.
    Je ne rentrerai pas dans un débat « sociologique » mais le problème n’est pas politique comme tout le monde s’invente ce problème sans regarder la réalité en face, mais « culturel ».
    Il y a un sérieux problème inhérent dans le monde du travail en France et spécialement dans le monde de l’architecture et du design, qu’il faut totalement repenser.
    Pour l’instant, je ne sais pas si mon projet se fera à l’étranger ou en France, néanmoins, j’ai réellement laissé tomber le milieu hostile de l’architecture, ne reflétant aucun avenir pour moi.

    Je pense que quelques fois, le destin nous suggère par des signes, qu’il n’y a pas des choix hasardeux dans la vie, quand un changement doit être impératif.

    • cet article reflète ce que je traverse: des charges, des charges, on travaille 60h par semaine sans vacances pour moins de 500€ par mois.
      les clients ne paient qu’en retard, parce que c’est bien connu un architecte n’a pas besoin d’argent, étant entendu qu’il est affreusement cher (lol)…
      personnellement je pense arrêter alors que j’ai plein de chantiers et de projets mais je n’ai pas de vie, ni de loisirs.
      à plus de 40 ans je n’ai rien pu épargner pour me créer un capital…
      et pourtant je n’ai jamais connu le chômage hormis les période de 1 mois entre contrats.

  8. Bravo Christian. Tu as osé. Je t envie.

  9. Je vous dit Bravo !! Moi aussi a 46ans j’ai envie de changer !! je me trouve actuellement au chômage et j´envisage de faire un cap ou bep commis de cuisine ma passion !! Merciii

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  1. Témoignages de reconversions professionnelles réussies | Je choisis ma vie !

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