Marjorie Llombart, coach : « Aujourd’hui, les 28-40 ans constituent le coeur de ma clientèle »

Pour la deuxième fois, le blog ouvre ses colonnes à une coach. Cette fois la parole est à Marjorie Llombart, formatrice et consultante en bilans de compétences, elle-même reconvertie, qui réalise aujourd’hui son rêve : aider des gens à trouver le métier qui les fait vibrer. Loin des idées reçues, les profils qui viennent à elle sont aussi, parfois, très jeunes. Entretien avec une audacieuse à l’enthousiasme communicatif.

Marjorie Llombart portraitOn parle beaucoup des quadras qui se reconvertissent. Mais voyez-vous aussi des profils plus jeunes venir à vous ?
Effectivement je reçois de plus en plus de trentenaires. Les 28-40 ans constituent même le cœur de ma clientèle. Est-ce un effet miroir car j’ai fait le chemin avant eux ? Le constat d’échec du système d’orientation scolaire ? Ou encore une spécificité de la génération Y et de sa relation au travail ? Peut-être un mélange des trois. Aujourd’hui encore j’ai eu au téléphone une très jeune femme de 23 ans, diplômée d’une école d’ingénieur, qui se rend compte que ce métier n’est pas fait pour elle.

Sur ces profils plus jeunes, repérez-vous des constantes ? Des motivations communes ?
Les personnes que j’accompagne ont en commun le fait d’avoir choisi une mauvaise orientation scolaire. Ou bien encore, elles ne l’ont tout simplement pas choisie ! On a décidé pour elles : le système scolaire, les parents, l’entourage, etc. Ce sont même parfois de brillants élèves diplômés  de grandes écoles. Portrait type ?  « A l’école, j‘ai toujours été douée, surtout en sciences. En Terminale je ne savais pas quoi faire, alors je me suis retrouvé(e) dans une école d’ingénieur ». Remarquez la formule « je me suis retrouvé(e) » : on est bien dans une attitude passive. Je ne porte pas un jugement, je constate juste que ni le système ni l’entourage éducatif n’ont permis au jeune d’apprendre à se connaître et à choisir une orientation qui lui conviendrait, une voie qui pourrait l’épanouir. D’autres trentenaires me disent qu’ils ont choisi un peu « par hasard ». Pour faire comme un ami par exemple. D’autres encore me disent qu’ils se sont trompés d’orientation, par auto-censure ou manque d’affirmation de soi. Et personne n’a été là pour les aider à s’y retrouver. Autant de constantes sur les motivations de ces trentenaires à faire un bilan de compétences.

Les profils trentenaires abordent-ils la reconversion de la même façon que les les quadras ou les quinquas ? Se donnent-ils plus de temps ou veulent-ils aller vite ? Sont-ils prêts à replonger dans les études, à repartir de zéro ?
Une des caractéristiques est qu’ils sont dans un autre rythme que leurs aînés. Déjà, ils vont être plus rapides dans leur constat de situation insatisfaisante. Ils n’ont pas peur de se remettre en question et de se rendre à l’évidence : « cette vie n’est pas pour moi », « je donne beaucoup à mon entreprise et je n’ai rien en retour, je veux savoir ce que je vaux et ce que je veux ». Puis vient un déclic, suffisant pour qu’ils décident de passer à l’action rapidement. Le déclic peut être un événement de vie (arrivée d’un enfant, mise en couple, déménagement) ou un événement au travail : une réussite non reconnue par la hiérarchie, un conflit avec le management, une promotion qui n’arrive toujours pas… Ils n’attendent plus sans rien dire. Ils savent que le monde du travail est compliqué mais décident d’agir plutôt que de céder à la morosité ambiante. Ils vont oser risquer de rompre une forme d’équilibre pour aller vers plus de liberté et d’épanouissement. Reprendre des études n’est pas forcément un frein, surtout s’il n’y a pas encore d’enfant au foyer. Repartir de zéro ne leur fait pas peur non plus, cela peut même être un facteur de motivation : tout créer à leur image, pour une fois. Enfin, et fait nouveau, l’argent n’est plus un élément bloquant. Même si les recours aux financements institutionnels sont encore nombreux, je vois de plus en plus de trentenaires qui, faute de correspondre aux critères des financements institutionnels type FONGECIF, sont d’accord et volontaires pour financer eux-mêmes leur accompagnement. Une manière de se prendre en main pour enfin décider de leur avenir professionnel.

Cette génération étant, si l’on en croit les études et les employeurs, plus soucieuse de préserver sa vie privée, comment gère-t-elle une reconversion qui, souvent, est dévoreuse en matière de temps ?
C’est vrai que de nombreux trentenaires souhaitent préserver leur vie privée. Mais l’épanouissement dans leur vie professionnelle est aussi importante à leurs yeux, quasiment à égalité. Aussi, l’un et l’autre étant liés, ils sont d’accord pour investir du temps et parfois de l’argent sur un accompagnement qui leur permettra de trouver dans quel métier ils peuvent s’épanouir. D’autant plus que tous n’ont pas encore fondé une famille. Ils sont donc plus disponibles d’une certaine manière pour consacrer du temps pour eux.

L’utilisation des nouvelles technologies et la génération Y change-t-elle la donne ?
Je constate en effet une modification de mes pratiques d’accompagnement avec les trentenaires. Etant de la même génération qu’eux, je suis à l’aise avec les nouvelles technologies, les réseaux sociaux etc. Je n’hésite pas à y recourir lorsque nécessaire. Par exemple en ce moment, j’accompagne une jeune femme expatriée en Chine. Elle m’a contactée me demandant si sa situation géographique posait problème. Au contraire, grâce à Skype et avec une bonne connexion internet, tout devient possible. Les frontières sont abolies et la distance ne perturbe en rien la conduite de mon accompagnement.

Les reconversions semblent souvent mener à des créations d’activité. Le constatez-vous aussi majoritairement ?
Effectivement, pour certains de mes clients, créer sa propre activité fait partie du plan. Etre seul maître à bord, pouvoir gérer aussi bien le côté opérationnel du métier que l’aspect plus stratégique de la vie d’une entreprise fait partie des sources d’épanouissement et de bien-être au travail. Mais pas forcément une grande entreprise, quelque chose de plus artisanal, ou lié à la notion de service, où le sens de l’humain et les valeurs de collaboration sont présents.

Quel est le conseil donneriez-vous aux futurs candidats à la reconversion ?
Cela peut paraître basique mais c’est pourtant essentiel : faites-vous accompagner ! Changer de métier et de statut, changer de vie, ça ne s’improvise pas. Pour mettre toutes les chances de son côté et réussir son projet il vaut mieux avoir réfléchi et avancé pas à pas, dans un ordre logique. Avoir un regard extérieur qui vous sert de miroir est également indispensable. Seul un professionnel de l’accompagnement peut le permettre. Il va poser les bonnes questions au bon moment, pointer les zones d’ombre et permettre d’étayer la colonne vertébrale du projet. Aujourd’hui il existe plusieurs formules d’accompagnement, de la phase de l’idée à la mise en place concrète du projet. Pourquoi s’en priver ?

Retrouvez Marjorie Llombart sur son blog www.dessinemoiunecarriere.com
Marjorie est également partenaire de Cap Cohérence, site d’accompagnement à la reconversion professionnelle.

 

Propos recueillis par Corinne Martin-Rozès

— Texte et images ne sont pas libres de droit —

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Catégories :Paroles de coach

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