Pierre, coach : « A travers mes clients, je vis l’aventure au quotidien »

Petit, Pierre Denier se rêvait aventurier. Il sera directeur export, spécialiste du développement international, pendant plus de quinze ans. Mais le virus de la reconversion le gagne, ainsi que son épouse. Tous deux décident il y a cinq ans de changer de vie. Aujourd’hui Pierre est coach, a quitté Paris pour la Charente et confesse n’avoir jamais été aussi heureux.

Pierre Denier portrait 1De son enfance au cœur d’une forêt africaine, Pierre Denier a gardé une âme d’aventurier. Lorsque sa famille rentre en France, à La Rochelle précisément, il a 9 ans et le contraste est violent. « J’avais quitté la pleine nature pour me retrouver dans une HLM… J’ai donc continué à m’évader par la pensée, je me rêvais explorateur, chasseur de pierres précieuses, grand reporter, bref je n’avais qu’une envie : repartir voir du pays » raconte-t-il. Gamin sensible et réservé, il lit beaucoup et écrit déjà, mais s’oriente malgré tout vers un bac B (éco), qu’il décroche avant d’enchaîner sur une deuxième terminale, D (SVT) cette fois, pour obtenir un autre bac, plus scientifique. « Et puis à 18 ans, une fille m’a brisé le cœur. Ma nature romantique et mon désir d’ailleurs ont fait le reste : je suis reparti en Afrique, avec seulement mes deux bacs en poche, pour travailler comme chef de chantier dans une exploitation forestière. Retour aux sources donc » se souvient-il.

« Notre changement de vie a été guidé par un faisceau de raisons »

Pendant plus d’un an, Pierre revit alors l’aventure africaine. Sur place, il rencontre un industriel français venu acheter du bois. Coup de foudre amical. Le jeune homme se voit alors proposer un poste dans cette entreprise, située en Charente. Il accepte et rentre en France, entame un parcours initiatique passant par tous les services de la société, y compris la production. S’ensuivent sept années à voyager en Europe en tant que responsable export. Pierre se marie alors, devient papa mais, suite à un divorce et au déménagement de son ex-femme à Paris, il démissionne pour gagner l’Ile-de-France. « J’avais 26 ans et je recommençais à zéro, mais grâce à mon expérience j’ai eu accès à des postes intéressants, toujours à l’export, dans la robinetterie, dans l’industrie du contreplaqué, puis de la robinetterie pour collectivités, du jouet et enfin de la lingerie. Une carrière que j’ai menée de 1991 à 2007 » raconte-t-il. Au début des années 2000, Pierre se remarie, a un autre enfant. Mais en 2008, suite à un grave problème familial, son épouse Nathalie et lui décident de quitter Paris et de tout changer dans leur vie. « Notre choix a été guidé par un faisceau de raisons. Professionnelles d’une part : ma femme était responsable des achats dans le textile, mais elle ne trouvait plus de plaisir à son métier, ce monde de paillettes l’avait lassée et elle voulait donner un sens à son travail. De mon côté, je voyageais beaucoup et je réussissais dans mes jobs, mais le manque d’authenticité des relations acheteur/vendeur me pesait. Heureusement, j’étais fortement attaché à mes équipes, ce qui maintenait ma motivation. Nos autres raisons étaient personnelles : nous voulions offrir un autre cadre de vie à nos enfants, mais aussi sortir de la dépendance financière à laquelle on est contraint pour se loger en région parisienne. En Charente, nous avons acheté une maison, gagné quinze ans de crédit en regard de notre emprunt à Paris, et nous expérimentons une extraordinaire liberté par rapport aux contingences matérielles. Le jour et la nuit avec notre ex-vie parisienne » ajoute Pierre.

« C’était étrange, je m’étais moi-même collé une étiquette d’expert du développement international dont j’avais du mal à me défaire »

Concrètement, Pierre et son épouse ont procédé par ordre. Il commence par trouver un emploi en Charente, dans l’industrie de la haute sécurité, et vient y visiter deux maisons avec sa femme. Coup de cœur pour l’une des deux et signature, dès le lendemain, « sans trop réfléchir, en faisant confiance à notre intuition et à la vie, tout simplement ». Nathalie, alors enceinte de son quatrième enfant, demande un congé parental et se reconvertit : elle passe deux années à l’IRTS* de Poitiers pour obtenir un CAFDESIS* afin de pouvoir prétendre à la direction d’un établissement social. A peine diplômée, elle se voit confier les rênes d’un ESAT de 160 personnes à côté de Cognac. « C’était donc à mon tour de tenter la reconversion… Depuis six ans déjà, j’animais par passion un blog consacré au CV et à la recherche d’emploi, qui avait généré de très nombreux contacts avec des internautes, une petite reconnaissance dans le microcosme des RH et des passages dans les médias. Je suis parti sur cet axe qui me correspondait bien et j’ai décidé de professionnaliser ma démarche en me formant au coaching auprès des Québécois de la Coach Académie, mais aussi en parallèle à la PNL (programmation neuro-linguistique), avec une certification à la clé » explique Pierre. Ses deux cursus achevés, il bascule enfin officiellement dans sa nouvelle pratique professionnelle de coach en commençant par remettre sa démission à son employeur. Au démarrage, il avoue avoir eu du mal à afficher sa nouvelle casquette. « C’était étrange, je m’étais moi-même collé une étiquette d’expert du développement international dont j’avais du mal à me défaire. D’autant que je continue à donner des cours sur ce sujet en école de commerce, et que cela reste une partie de ma vie que je ne renie pas du tout. Cependant, il m’a fallu un peu de temps pour me sentir totalement légitime en tant que coach, comme c’est le cas aujourd’hui ! » ajoute-t-il.

« J’aspirais à un enrichissement humain, voire spirituel, quand tout le monde voulait me ramener aux nourritures terrestres »

Quand il repense aux réactions suscitées par son changement de vie, Pierre sourit. « Nous avons entendu beaucoup de choses… Les copains : tu ne te rends pas compte, toi qui est un jour à New York et le lendemain àPierre Denier portrait 3 Ryad, tu ne vas pas aller t’enterrer à la campagne, tu vas t’enquiquiner ! La sphère familiale, surprise et incrédule : on ne lâche pas des jobs valorisants et bien rémunérés, c’est anxiogène, voire inconscient ! Dans ces cas-là, il faut à mon sens se boucher les oreilles : car ce brouhaha de conseils (souvent très raisonnables au demeurant) vient brouiller la ligne d’action que l’on s’est tracée » indique-t-il. On lui conseille aussi de changer d’employeur, mais le problème n’est pas là, et Pierre le sait : il ne trouve plus d’épanouissement intellectuel dans son job, regrette la pauvreté des relations professionnelles. « J’aspirais à un enrichissement humain, voire spirituel, quand tout le monde voulait me ramener aux nourritures terrestres… Un jour, avec Nathalie, nous sommes allés voir un couple d’amis : eux avaient fait un choix de vie, quittant Paris pour la montagne et une vie meilleure. Cela a été un déclic, nous avons découvert qu’il était tout à fait possible de vivre autrement. Leur exemple a été notre première inspiration ». Aujourd’hui encore, Pierre sent parfois le décalage lorsque des copains parisiens viennent le voir dans sa campagne. « Nous n’avons plus le même regard sur les choses et cela nous éloigne. C’est triste, mais c’est ainsi, et nous avons tant de satisfaction dans notre nouvelle vie que nous apprenons à relativiser ! » ajoute-t-il.

« Nous avons un train de vie très différent, mais même en gagnant beaucoup moins, nous pouvons aujourd’hui mener la vie que nous avons choisie »

On leur avait prédit l’ennui, Pierre et Nathalie n’ont jamais été aussi heureux ! « La vie est ce que l’on en fait, et la nôtre n’a jamais été aussi dense que depuis notre installation ici. Nous nous investissons beaucoup dans notre village, qui nous a adoptés, nous les Parisiens. L’école compte 15 élèves et mon épouse s’implique avec d’autres parents d’élèves, ce qu’elle n’avait jamais fait. Nous faisons partie de plusieurs associations. Au quotidien, tout le monde se connaît, tous les milieux se côtoient, nous formons une communauté extrêmement riche et solidaire. A Paris on connaissait à peine nos voisins, ici on fait attention aux autres et réciproquement. Nos enfants vivent aussi autre chose, fini la dictature des marques et des trucs qu’il ‘’faut avoir’’, ici on ‘’est’’ tout simplement ». Pierre passe environ une semaine par  mois à Paris, une ville qu’il adore mais qui ne lui manque pas le reste du temps. Il dit avoir appris à ‘’se recentrer’’ dans son jardin. Le silence ne l’inquiète pas, il lui permet de mieux ‘’s’écouter’’. « Je m’organise comme je veux, je pars courir ou rouler sur mon vélo si j’ai un créneau, je peux aller chercher mes enfants à l’école et les aider à faire leurs devoirs, leur lire une histoire le soir, tout ceci n’a pas de prix. Je ne faisais rien de tout cela, ‘’avant’’. Nous nous sommes reconnectés à des plaisirs simples, et du coup je vois aujourd’hui des choses auxquelles j’étais devenu aveugle. Je m’achetais des costumes coûteux, par exemple : ça ne me viendrait même plus à l’idée. Je suis heureux d’être sorti de cette spirale. Bien entendu, nous avons un train de vie très différent, mais même en gagnant beaucoup moins, nous pouvons aujourd’hui mener la vie que nous avons choisie ». Au-delà de sa vie personnelle, son nouveau métier constitue aussi une formidable source d’épanouissement pour Pierre. « Je rencontre beaucoup de clients dans mon activité de coach et je dois dire qu’ils m’épatent. Je les accompagne dans leur cheminement, dans la construction de leur projet professionnel ou personnel, et je suis admiratif du courage qu’ils ont de faire appel à un tiers pour les aider à passer à l’étape suivante. Cela me dynamise, me remet en question continuellement… Parmi eux, beaucoup de personnes qui ont envie de partir autour du monde, seuls ou avec leur famille. Les pierres précieuses que je rêvais de découvrir quand j’étais enfant, ce sont mes clients d’aujourd’hui ! A travers eux, je vis l’aventure au quotidien » commente-t-il.

Pierre Denier portrait 2« On a tous des rêves, mais aussi des blocages »

Le conseil de Pierre aux candidats à la reconversion, ou aux personnes qui s’interrogent ? « Je pose systématique ces deux questions : quel est ton obstacle et qu’as-tu fait pour le dépasser, concrètement ? On a tous des rêves, mais aussi des blocages. Or la chance ne fait pas tout, il faut parfois aller la chercher, avoir un peu de courage pour renoncer à une vie qui ne vous convient pas. Et quand on ne sait pas comment s’y prendre, je conseille de faire comme pour sortir d’une forêt où l’on est perdu : il faut choisir un cap et le garder. On finit alors toujours par trouver la sortie. Pour moi, tout a commencé avec la création de mon blog : j’avais trouvé ma direction. A vous de jouer ! ».

*IRTS = Institut Régional du Travail Social
CAFDESIS =  Certificat d’Aptitude aux Fonctions de Directeur d’Etablissement ou de Service d’Intervention Sociale

Retrouvez Pierre Denier sur son blog http://www.conseil-emploi.net/
Ou suivez-le sur Twitter https://twitter.com/PierreDenier

Texte Corinne Martin-Rozès
— Texte et images ne sont pas libres de droit —

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Catégories :Reconversion

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3 réponses

  1. Encore une belle histoire de reconversion 🙂

  2. Bravo Pierre pour ce témoignage inspirant!

  3. Bravo Pierre, très touchant ce parcours !

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