Isabel, créatrice épatante « J’ai dû commencer par apprendre à me faire confiance »

Il y a deux ans, Isabel décide de réaliser un vieux rêve et se lance dans la création d’objets à la fois utiles et décalés : Les Épatants sont nés. Petit à petit, elle laisse de côté son boulot dans la communication pour se consacrer à sa marque, avec un vrai projet d’entreprise. Aujourd’hui, sa tribu d’objets prend son envol et la jeune entrepreneuse de 49 ans affiche un enthousiasme hautement dynamisant.

Isabel Vissouze Les Epatants« La vie est belle » : si Isabel Vissouze devait résumer sa philosophie, elle le ferait par cette phrase. Toujours voir le verre à moitié plein et savoir bien rebondir quand les choses ne vont pas comme on veut : c’est son credo ! Depuis deux ans, elle donne vie aux Épatants, peaufine le concept et la ligne de produits, sous l’œil bienveillant de son mari Nicolas, gérant de la petite entreprise. Elle la créative organisée, lui le rationnel imaginatif : un couple dans la vie et dans le travail depuis maintenant dix-huit ans, aujourd’hui installé à Rambouillet où se situent leur atelier et le siège de la marque. « Creuser toujours, s’enfouir jamais », la devise de Nicolas, est à elle seule tout un programme et résume bien l’état d’esprit de ce duo venu de l’univers de la publicité.

« La pub dans les années 80, c’était l’époque Goude, Chatilliez… »

Au lycée, Isabel opte pour la filière littéraire et, son bac en poche, s’inscrit aux concours d’entrée des Beaux-Arts de Rennes sans en informer ses parents. « J’ai été admise et j’y ai passé cinq années merveilleuses. Deux années de tronc commun où j’ai envisagé tous les possibles : sculpture, peinture, gravure… Puis trois années de deuxième cycle, spécialisées dans la communication visuelle et audiovisuelle » se souvient-elle. L’étudiante obtient son DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique) avec mention pour l’inventivité plastique. « A l’époque, sans avoir jamais appris à coudre, je dessinais et fabriquais mes vêtements, parce que je voulais être unique… A l’époque toujours, mon rêve était de devenir directrice artistique dans la pub, et cela s’est concrétisé très vite. Nous étions dans les années 80, et le milieu de la publicité était encore un laboratoire et une vitrine merveilleuse pour les créateurs, les photographes, les illustrateurs et artistes de tous poils. C’était l’époque Goude, Chatilliez, Le Palace, Agnès b, Rapido… » dit-elle avec un sourire, un brin nostalgique (mais juste un brin). Pendant plus de quinze ans, Isabel pratique alors ce métier, mais le plaisir qu’elle y prend au début s’érode petit à petit, à mesure que l’esprit créatif cède du terrain aux exigences marketing. En 2002, Nicolas crée sa propre agence de communication, Nico and Co, et en 2006 Isabel décide de le rejoindre en tant que co-gérante et directrice de la création. « J’avais été licenciée suite à une fusion, et je subissais le sort des femmes dans ce milieu, une espèce d’obsolescence  programmée qui fait que, lorsqu’on passe les 40 ans et que l’on a des enfants, on n’est plus vraiment la bienvenue. D’où mon désir d’aller vers autre chose » raconte-t-elle.

« Sans formation spécifique, je ne me sentais pas légitime pour créer des vêtements »

Suite à ce premier constat, professionnel, une autre envie s’est très vite imposée, d’ordre personnel et familial : exit la vie en proche banlieue, dans la ville la plus dense de France (Vincennes), et bonjour la campagne ! Isabel, Nicolas et leurs deux enfants gagnent alors les alentours de Rambouillet et une petite maison en pleine nature. « Un vrai changement au quotidien, du bonheur à l’état pur ! Mais Nico and Co subissait la crise de plein fouet et notre activité était en dents de scie. Je me suis interrogée : il me fallait construire un vrai projet de travail pour les 30 années à venir » explique-t-elle.  Isabel décide alors de s’écouter un peu, et se souvient qu’il y a quelques années, elle avait eu l’idée de créer une marque (de vêtements pour enfants). « Mais j’avais eu peur de me lancer, car sans aucune formation en couture et stylisme, je ne me sentais pas légitime. Je l’ai regretté car je pense aujourd’hui que cela aurait marché. Alors, me lancer dans la création des Épatants, c’est en quelque sorte faire que l’histoire ne se répète pas. Si j’échoue, c’est parce qu’au moins  j’aurais essayé, et ce avant mes 50 ans ».

« Chaque jour j’apprends quelque chose de nouveau »

Pour démarrer, Isabel se met alors à créer des objets du quotidien, ludiques et utiles à la fois : les premiers Epatants voient alors le jour, d’abord sous la forme de prototypes puis de petites séries. Pendant cette phase, Nicolas Isabel Vissouze Les Epatantscontinue à s’occuper de Nico and Co, l’activité qui fait vivre la famille. Ce qui ne l’empêche pas de plancher sur le site et la boutique en ligne, de faire les photos des produits et de gérer la toute jeune société.  « C’est également lui qui me cadre quand je m’égare et qui me coache quand je suis paralysée par la peur. Il adore aussi jouer l’inspecteur des travaux finis, puisque c’est lui qui fait le contrôle qualité des produits » indique Isabel, qui se consacre quant à elle entièrement au projet depuis plus d’un an. Elle crée, elle fabrique, elle conçoit la communication produit, organise la présence de la marque sur les réseaux sociaux, participe à des salons, à des ventes privées. « Chaque jour amène un nouveau métier (ou presque). Et nous fonctionnons de façon empirique, notamment grâce à internet qui constitue une source d’informations précieuses ». Aujourd’hui la marque existe, son positionnement et sa communication aussi. « Nous avons une gamme de six produits déclinés en différentes couleurs, matières. La boutique en ligne est complètement opérationnelle et rodée. Nous entrons en phase deux : après le savoir-faire, le faire-savoir. Nous devons nous faire connaître d’un plus large public, sortir du réseau amical et local » ajoute-t-elle. Vaste programme et belle ambition !

« Un avenir incertain, la crise et la maturité professionnelle doivent être vus comme des moteurs plutôt que des freins » 

Autour d’eux, les proches regardent l’aventure avec une sorte d’acceptation amusée. « Je ne pense pas qu’on m’ait prise au sérieux, à part Nicolas bien sûr ! Pour beaucoup, c’était un peu comme si je me lançais dans une activité de loisirs créatifs pour m’occuper. Ayant moi-même toujours ce problème récurrent de légitimité, j’ai mis du temps à dire que je suis la créatrice des Épatants et à clamer haut et fort qu’il s’agit d’une marque ambitieuse avec Isabel Vissouze Les Epatantsun vrai projet d’entreprise. Aujourd’hui, je suis très entourée par un réseau d’amis qui m’encouragent, en parlent autour d’eux, testent, critiquent, achètent et offrent les objets que je fabrique. C’est très précieux ! » Car Isabel a besoin d’être rassurée et soutenue, comme tous les créatifs et créateurs d’entreprise, or elle cumule les deux ! « J’ai la peur de l’échec vissée au corps, une vraie trouille de me planter. Cependant je ne changerais de vie pour rien au monde. Mon atelier étant chez moi, je gère ma vie comme je l’entends ou presque. Mais j’ai aussi peur de ne pas réussir cette aventure tout simplement parce que je ne me vois pas faire autre chose ! Aujourd’hui, je rêve de garder longtemps ma liberté de créatrice, mais aussi de voir Les Épatants devenir notre principale (et unique) source de revenus.  Je souhaite aussi créer la Manufacture des Épatants,  un atelier local avec des artisans qualifiés qui fabriqueraient mes créations » dit-elle, songeuse. Et quand on lui demande conseil pour aborder un virage professionnel, Isabel reste objective : « Ce qui est vrai pour moi ne l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre. Dans mon cas, j’ai dû apprendre à m’écouter, me fier à mon instinct et quelquefois me rendre imperméable aux avis émis par d’autres, afin de garder le cap. Bref, j’ai dû apprendre à me faire confiance. Finalement, le fait de ne pas avoir pu faire une formation adéquate peut aussi être une bonne chose : cela évite d’être formaté. Aujourd’hui, si je suis confrontée à des limites (techniques par exemple), je peux choisir de me perfectionner dans tel ou tel domaine, c’est toujours possible. Je persiste enfin à penser qu’un avenir incertain, la crise et la maturité professionnelle doivent être vus comme des moteurs plutôt que des freins ».

 

Texte Corinne Martin-Rozès / Visuels © Les Epatants
Textes et images ne sont pas libres de droits

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Catégories :Parcours atypique

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6 réponses

  1. Bravo en tant que webdesigner qui vient de dire non à un nouveau boulot, cela m’interpelle. Beaucoup de gens dans la pub pensent la même chose mais n’osent franchir le pas. Je vous souhaite beaucoup de succès.

  2. Bonjour Isabel
    Comme je me reconnais dans ce parcours et surtout dans ces doutes et ces peurs…
    Mais fière de mon parcours et de cette aventure au quotidien.
    Ancienne de la pub-com-marketing pendant 20 ans et désormais professeur de yoga auto-entrepreneur dans une petite ville de province, soutenue par mon compagnon et mon fils.
    Plein de belles choses à venir, à vivre et à créer !!
    Christine

    • Merci Christine,
      Cela me rassure de voir que je ne suis pas seule et j’adore entendre que tout est possible à partir du moment où l’on apprend à s’écouter. N’est-ce pas ce que nous enseigne aussi la pratique du yoga ? Votre choix de vie m’a fait sourire car je pense que sans le yoga, je n’aborderai pas cette nouvelle vie aussi sereinement. Namasté 🙂

  3. Et bien Isabelle si tes proches ont l’air de penser que tu avais besoin d’occuper tes mains en te lançant dans cette aventure ce n’est pas mon cas ! Je prends Les Épatants au sérieux, je suis pleine d’admiration devant ton audace, le sérieux et la qualité de ce que tu fais, …. j’attends aussi que passes à la vitesse supérieure !!!!
    Je souhaite aux Epatants belle et longue vie……
    Ta belle sœurette !

Rétroliens

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