Marcella, brodeuse de mots beaux : « Aujourd’hui je me lève chaque matin en me disant : chic, une nouvelle journée commence ! »

Attachée de presse, puis directrice d’une agence de mannequins pendant vingt ans, Marcella plaque tout à 42 ans pour mettre sa plume et sa poésie au service des marques. Huit ans après ce grand saut, elle témoigne du bonheur intense que lui apporte sa nouvelle vie.

Marcella

Marcella © Nathalie Guréghian-Oundjian

Cet automne, Marcella est une femme comblée. Son « Bureau des Mots Beaux » brode des textes et crée des concepts pour des clients de plus en plus nombreux. Son actualité est riche de belles réalisations : une collection bébé « Paris me berce » pour le site Little Rondelune, des articles de papeterie pour Quo Vadis et une nouvelle collaboration avec Monoprix autour de trousses et  de tee-shirts pour enfants. Une vie d’écriture qu’elle traverse d’autant plus intensément qu’elle l’a délibérément choisie. Car si elle a toujours aimé jouer avec les mots, Marcella a attendu la quarantaine pour oser en faire son métier. Aujourd’hui, avec le recul, elle sait que son parcours atypique a fait d’elle ce qu’elle est devenue, une musicienne qui compose de jolies ritournelles avec nos mots de tous les jours, une parolière du quotidien.

« J’ai toujours préféré faire comme je le sentais plutôt que comme on me disait de faire »

L’histoire d’amour de Marcella avec la langue française ne date pas d’hier. Dès le primaire, la petite fille écrit des poèmes et passe de longs moments plongée dans ses livres, en écoutant de la musique. Solitaire quand elle écrit, elle cultive aussi les amitiés fidèles. Au lycée, elle aime refaire le monde avec sa bande au café d’à côté, autour d’un livre de Boris Vian ou de Simone de Beauvoir. Les sciences, très peu pour elle, ça ne la passionne pas : « Je n’ai jamais été ‘’dans la discipline’’ et j’ai toujours préféré faire comme je le sentais plutôt que comme on me disait de faire » se souvient-elle. Un principe qu’elle applique très vite puisqu’au lieu de se lancer dans des études, elle préfère entrer directement dans la vie active. «  Je voulais à tout prix découvrir le milieu du journalisme, j’ai donc fait quelques stages longue durée, au service culture du Quotidien de Paris, puis à la rubrique cinéma du Figaro ». A cette époque, le quotidien arménien « Gamk » lui demande une chronique ciné hebdomadaire : l’expérience durera un an, une période grisante où Marcella fait ses premières armes de rédactrice tout en profitant du plaisir intense d’être invitée à des projections de presse. La vraie vie et ses nécessités la rattrapent alors : elle devient  attachée de presse, avant de croiser, à l’âge de 23 ans, la route d’un trio qui venait tout juste de créer une agence de mannequins. « Ils cherchaient une personne pour développer la clientèle. Bien que n’y connaissant strictement rien en matière de mannequins, et même en étant légèrement effrayée par le sujet, j’ai dit banco. Il semble même que je fus la ‘’bonne personne’’ pour eux et qu’ils furent ‘’les bonnes personnes’’ pour moi, car de commerciale je suis vite devenue directrice et je le suis restée pendant vingt ans, de 1987 à 2007 » raconte-t-elle.

« J’avais comme une envie de ‘’me rendre à moi-même’’ et de n’être plus rien d’autre qu’un écrivain »

Survient alors l’événement qui va profondément modifier la vision des choses de Marcella, le déclic qui va tout faire basculer. « J’avais 42 ans et, dix-huit ans jour pour jour après ma première fille, j’ai donné naissance à sa petite sœur. Cela parait absurde mais au delà de toutes les choses concrètes que j’ai ressenties et qui m’ont fait changer de voie  professionnelle, cette jolie coïncidence m’a comme éveillée à une nouvelle façon de voir les choses. Soudain j’étais dans ‘’la vraie magie de la vie’’. L’explosion de joie qu’a provoquée en moi cet événement a balayé toutes les fausses ‘’importances’’ » se souvient-elle. Alors Marcella, qui toute sa vie n’a jamais cessé d’écrire, publiant notamment des poésies et quelques livres de prose, décide tout à coup de tenter le tout pour le tout et de vivre, enfin, de sa passion. « J’avais comme une envie de me ‘’dénuder’’, de ‘’me rendre à moi-même’’ et de n’être plus rien d’autre qu’un écrivain » ajoute-t-elle. En fait de transition professionnelle, Marcella ne fait pas dans la demi-mesure. L’agence de mannequins ferme alors boutique, par consentement mutuel des parties en présence, et Marcella crée sa propre société en 2007.  « J’ai eu de la chance car mon ancien associé de l’agence, Philippe Chrétien, est resté à mes côtés. Il a pris en charge tout l’aspect administratif et juridique des choses, jusqu’aux questions de droit d’auteur… » En parallèle, la toute neuve entrepreneuse se lance à l’assaut de ses futurs clients. Heureusement, ses vingt ans d’expérience à la tête de l’agence ont affuté son sens du contact et sa fibre commerciale. « Pas facile cependant de commencer à se faire connaître, surtout avec une offre comme la mienne, totalement atypique. Pas évident de monnayer sa plume quand on développe des concepts poétiques, quand on pose des mots sur les objets du quotidien, même si ça les rend plus beaux… J’ai eu des moments de doute intense dans les premiers temps, quand j’étais confrontée à l’incompréhension de certains interlocuteurs. J’ai parfois pris les choses trop à cœur, pensant que je n’avais pas assez de talent pour en vivre. Mais j’étais bien entourée, je me suis accrochée, même si c’était ingrat, même si mon niveau de rémunération avait considérablement chuté. Là n’était pas l’important » se souvient Marcella. Heureusement, un beau jour, une enseigne lui dit banco : nul hasard, c’est Monoprix, une marque qui milite de longue date pour un quotidien pétillant et poétique. Une première collection voit le jour, puis une autre, puis d’autres grands noms lui commandent des ‘’mots beaux’’ : le BHV, le Bon Marché, Arena, Oberthur, Quo Vadis, Auchan Carrefour… La presse écrite et les blogueurs, intrigués, commencent à parler d’elle. Et parce qu’elle n’arrête jamais de se réinventer, Marcella développe en parallèle des collaborations avec des illustrateurs. C’est ainsi qu’elle rencontre Pépée, son âme créatrice sœur, avec qui elle a depuis donné naissance à plusieurs magnifiques bébés, à l’image de « Paris me », concept poétique et artistique aux déjà multiples avatars.

« Moi qui avait toujours été très autonome financièrement, j’ai dû m’habituer à vivre autrement »

Pépée et Marcella

Pépée & Marcella © Nathalie Guréghian-Oundjian

Autour de Marcella, son virage à 180° n’a étonné personne. « Tout le monde a bien réagi. En même temps je n’ai demandé l’avis de personne… sauf de mon amoureux, mon mari, mon co-équipier total, le père de ma deuxième fille. Il a eu une réaction extraordinaire car il m’a dit : vas-y, fais-le, je suis là pour toi. Et ces paroles là ne se sont jamais démenties. Cet homme m’a fait confiance, il me fait confiance, il aime ce que je fais et qui je suis » indique-t-elle. Bien sûr, ce n’est pas tous les jours évident au niveau matériel… Marcella, qui a toujours été très autonome financièrement, doit s’habituer à vivre autrement, mais le couple assume la situation en harmonie, avec une grande part laissée au dialogue. « Toujours, la discussion est possible, toujours, nous gardons en tête que rien n’est définitif… Cela nous donne une sensation de légèreté, de ne pas graver chaque décision dans la pierre, mais de librement parler de ce que nous vivons professionnellement. Des joies, des peines, de nos grand succès, et nos petites défaites. Nous avons même aujourd’hui un projet artistique en commun » commente-t-elle. Au-delà de son mari et de Philippe (voir plus haut), Marcella s’est aussi entourée de talents complémentaires au sien. « Au fur et à mesure que le projet grandissait, sur des sujets ayant trait à l’informatique, j’ai été conseillée par des proches, à l’image de mon site internet qui est réalisé par une web-master amie.  Si je n’étais pas entourée il me faudrait des années de stage avant de réussir à mettre en place quoi que ce soit dans ce domaine ! Parmi les aides précieuses, je dois également saluer mon cousin et ma sœur, tous les deux photographes, qui réalisent toutes les photos dont je peux avoir besoin, et toujours dans des temps records. Et, last but not least, mon amie d’enfance, professeur de français, qui relit absolument toutes mes productions avant qu’elles ne soient publiées, afin qu’aucune erreur orthographique n’y traîne ! » ajoute-t-elle.

« J’aimerais que les journées durent une semaine »

Aujourd’hui, Marcella se lève chaque matin en se disant : chic, une nouvelle journée commence ! Elle a des projets plein la tête, n’arrive pas à faire le quart de ce qu’elle prévoit et du coup râle un peu beaucoup à propos du temps qui passe à folle allure. « J’aimerais que les journées durent une semaine ! J’ai conscience que c’est un luxe de vivre ainsi, même si ce luxe a un prix. Si je me suis sentie libre de tenter l’aventure, c’est aussi parce que j’étais arrivée à un âge où je n’avais plus rien à prouver. Moi, l’autodidacte, j’avais déjà accompli quelque chose pendant mes vingt ans à la tête de l’agence. J’avais besoin de me réaliser autrement. Mon rêve ? Que tout cela dure encore et encore, jusqu’au bout de ma vie… » ajoute-t-elle. A suivre dans sa musette, des idées en pagaille et des collaborations dynamisantes : un album de chansons réalisé avec son mari Philippe Colonna, une BD déjantée en préparation avec la dessinatrice Alessandra et toujours de nouveaux concepts en développement avec la moitié de son binôme, l’illustratrice Pépée (de son vrai nom Pascale Marbot) qui est « l’une des plus jolies rencontre professionnelle de ma vie ». Son inspiration, Marcella la puise dans la lecture, la natation, la marche, son amoureux, ses enfants, ses amis et les belles rencontres qu’elle fait encore tous les jours. « Tout cela pour moi est intensément lié. Mon énergie s’y mélange dans un joyeux envol de confettis ». Cette vie d’écriture, dense et intense, lui apporte un bonheur infini même si la création a parfois quelque chose de douloureux et d’inconfortable. « René Char, poète que j’adule, a dit cette chose puissante : ‘’ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience’’. Une phrase à méditer pour toute personne qui s’interroge sur sa vie. Avec mes mots à moi, j’aurais tendance à lui dire : ‘’si tu as envie de tout changer, lance-toi si tu le peux’’.  A quoi j’ajoute toujours : ‘’essaye de le pouvoir’’ ».

Texte Corinne Martin-Rozès / Photos © Nathalie Guréghian-Oundjian
Textes et images ne sont pas libres de droits

 

Retrouvez Marcella sur son site internet, sur Facebook et sur le blog Paris me
(Re)découvrez le parcours atypique de Pépée.

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Catégories :Parcours atypique

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2 réponses

  1. Alors là ! Pour un parcours audacieux, c’est un parcours audacieux, moi ça m’impressionne, ça me galvanise aussi. Bravo !

  2. bonsoir, Marcela!

    Mon sourire monte en spirale,comme un chant de victoire! en lisant votre parcours-et surtout,le dernier exploit:vivre de ce qu’on aime (et sait) faire mieux:de la poésie « plaquée »au quotidien ;

    J’ai eu la même idée il y a 20 ans dans un pays à 2000 km d’ici-et j’étais certaine que ça pourrait marcher! (pas chez nous, pas à l’époque ,mais …en absolut!)

    Mais j’aimais déjà beaucoup ce qu je faisait-apprendre aux ados de lycée à apprivoiser la force des mots J’aurais fait la même chose que vous , comme complément,par esprit ludique par besoin vital de poésie au quotidien,et pour la faire sentir aux autres (comme un parfum) dans des concentrations acceptables pour eux.

    Je m’appelle CARMEN -ce que en latin veut dire POÉSIE et CHANSON

    j’ai fait ,par passion une université des lettres ,et ma thèse de licence avait comme sujet l »la poésie féminine contemporaine » de mon pays,
    ;et ma meilleure amie(on mangeait la poésie tartinée sur du pain)!- est devenue une poète pressente dans toutes les anthologies de poésie contemporaine roumaine.

    autant dire que je vivais dans la poésie, pour la poésie et …comme une poésie!(on disait de moi,en tant que prof des mots)

    plein des choses ont changée dans ma vie, depuis, mais pas ma nature

    je serai heureuse de vivre comme vous ,en titillant l’esprit des choses avec
    les mots de l’esprit-dans un infiniment ouvert et gracieux danse avec la beauté cachée du monde!

    j’admire votre ténacité, le courage de vous accorder les moyennes de découvrir, jour, après jour, qui vous devenez dans cette enivrante possibilité d’être( en travaillant) soi-même,cella même qu’on ne sait pas encore qu’on puisse bien l’être!

    bon, je voudrais bien vivre la même aventure que vous vivez!-dans la créativité, la joie d’ en faire un modus vivendi, la façon dont vous avez su fédérer tout votre petit monde+des petites » pépites » dénichées en route_autour de ce …concept-vieux comme le monde,-de nommer les choses par leur nom secret!!

    Si jamais un jour il vous manque une « travailleuse avec les mots » à coté, sachez que j’en serrai très très très TRÈS contente d’essayer mes forces!

    et je vous souhaite avec force que toutes le chances sourient à l’audacieuse, ever after!

    carmen
    éventuellement:la dlietante@yahoo.com

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