Isabelle, styliste et auteure culinaire « J’ai beaucoup appris à chaque étape de mon parcours : être atypique, c’est une grande richesse »

Elle voulait restaurer des textiles anciens, elle écrit aujourd’hui des livres de cuisine. De l’École du Louvre à la presse féminine, de la broderie au stylisme déco, Isabelle Guerre a suivi son propre chemin, sans jamais s’embarrasser de préjugés sur la réussite et les exercices imposés. Avec humilité et une grande soif d’apprendre, elle a su tracer une route singulière au fil de laquelle elle s’épanouit pleinement.

Isabelle Guerre Si vous ouvrez certains magazines de cuisine à l’approche des fêtes, cherchez-y le nom d’Isabelle Guerre : styliste culinaire, c’est elle qui cuisine et crée l’ambiance déco de ces photos qui font tant rêver les gourmands. Ce métier, elle l’a appris sur le terrain et son parcours lui permet de l’exercer avec un œil très personnel. Dans la famille Guerre en effet, on a toujours aimé les belles choses. Les parents d’Isabelle se sont rencontrés à l’École des Beaux Arts, son papa est devenu antiquaire et son grand frère aussi, tandis que son autre frère a choisi l’architecture, comme leur grand-père. Du coup, la petite fille a toujours baigné dans un monde où l’art tenait une grande place. « Nous visitions beaucoup de musées et d’expositions, et Papa avait à cœur de partager avec nous sa passion. Du coup, dès l’adolescence, j’ai eu envie de travailler dans ce secteur. Je voulais restaurer des objets, en particulier des tableaux ou des textiles anciens, leur donner une nouvelle vie. Hélas, pour être admise en maîtrise de Sciences et Techniques Restauration de Tissus, il fallait passer par un cursus de physique-chimie, et j’étais titulaire d’un bac littéraire option Arts Plastiques. Alors, même si je me sentais avant tout manuelle, j’ai finalement suivi la voie familiale, quitté Avignon pour Paris et intégré l’Ecole du Louvre » se souvient Isabelle. La jeune fille ne se trompait pas : elle n’est pas faite pour ça. Elle s’accroche néanmoins, par intérêt pour le domaine étudié, mais la formule ne lui convient pas et, après quelques déconvenues, elle finit par quitter l’école en échouant de très peu à obtenir son diplôme. « Nous avons analysé la situation, mes parents et moi, chacun assumant 50% de cette erreur d’aiguillage : eux pour m’avoir peut-être trop poussée dans cette voie, moi pour ne pas avoir dit clairement que ça ne me correspondait pas » raconte-t-elle. La jeune fille, qui s’adonne depuis longtemps aux travaux d’aiguille avec sa grand-mère, s’inscrit alors chez Lesage, le prestigieux brodeur de la haute-couture, où elle suit plusieurs stages. Une formation qui débouche sur un premier job : à 23 ans, Isabelle est embauchée chez un grand fabricant de fil où elle devient brodeuse, en charge de la réalisation de prototypes sur la base de dessins.

« J’avais besoin de tracer ma propre route, d’aller vers quelque chose de foncièrement nouveau »

Dans le cadre de ce premier poste, elle entend un jour parler du magazine spécialisé  ‘’De Fil en Aiguille’’. Sans complexe, elle décroche son téléphone, se présente et est rapidement engagée comme rédactrice technique en charge des tutoriels. «  L’équipe était très resserrée, j’ai donc vu comment on fabriquait un journal, en particulier les photos : la mise en scène, le stylisme, ça m’a tout de suite plu » ajoute Isabelle. Pendant deux ans à ce poste, elle fait ainsi ses premières armes, jusqu’au jour où un de ses amis lui présente Frédérique, styliste déco à la recherche d’une assistante. Un nouvel univers s’ouvre alors à elle, dans lequel elle passe égaIsabelle Guerre Clement deux années : sujets pour la presse, décoration de showrooms, catalogues pour des enseignes de bricolages… La styliste d’un des studios photo où elles font leurs prises de vue part un jour en congé maternité, et Isabelle se voit proposer de la remplacer. « Les sujets n’étaient pas très glamour, mais j’ai tenté le coup, car cela constituait des exercices de style intéressants. A l’issue de ce CDD, je me suis interrogée sur ce que j’avais vraiment envie de faire, et sur le moyen de réunir en un métier les deux choses que j’aimais le plus : le stylisme et la cuisine, apprise auprès de ma mère, fin cordon bleu. Je crois que j’avais aussi besoin de tracer ma propre route, d’aller vers quelque chose de foncièrement nouveau, un domaine où ma famille (que j’adore au demeurant) n’aurait pas forcément de repères et où je pourrais tracer ma propre voie. Comme je mets du temps à prendre mes décisions, car j’ai besoin de laisser infuser longtemps les choses, j’ai fait des petits boulots pour vivre en attendant la suite : intérims dans des galeries d’art, broderies pour mes ex-employeurs en freelance, etc » raconte-t-elle.

«  Je crois que mon parcours lui a plu parce qu’il était justement atypique, comme le sien. »

Pour autant, Isabelle continue de chercher. Le nez dans les magazines de cuisine qu’elle affectionne, elle y croise souvent le nom d’une styliste culinaire, Valérie Lhomme, dont elle admire le travail. Par chance, quelqu’un la met en contact avec le magazine Elle où la rédactrice en chef la reçoit. Hélas, ils ne cherchent personne mais par ce biais, Isabelle rencontre la styliste en charge des fameuses fiches-cuisine, Elisabeth Scotto, qui lui propose très gentiment de venir assister à une session photo en studio. « J’y suis allée et, comme je n’aime pas rester à rien faire, j’ai donné des petits coups de main. L’équipe était très sympa, j’ai été formidablement accueillie et le courant est passé. A l’issue des trois jours, Elisabeth Scotto m’a donné les coordonnées de deux stylistes qui, selon elle, prenaient occasionnellement des assistantes. Parmi ces deux noms, il y avait celui de Valérie Lhomme : la vie est belle, non ? » commente Isabelle. Pendant deux longs mois, elle appelle, laisse des messages, attend des réponses, mais son interlocutrice est débordée. Comme elle n’est pas de nature à se décourager, elle finit tout de même par obtenir un rendez-vous, où elle présente son book totalement atypique. « Je crois que mon parcours lui a plu parce qu’il était justement improbable, un peu comme le sien. Ma persévérance aussi, et l’acharnement que j’avais mis à décrocher cet entretien, ont joué en ma faveur » indique-t-elle. La styliste embarque alors Isabelle dans ses bagages pour un reportage qu’elle part faire à la campagne et, l’essai se révélant concluant, fait d’elle son assistante. « J’avais presque 30 ans, autant dire que pour certains, j’étais un peu ‘’vieille’’ pour me lancer dans un nouveau métier. Mais je n’écoute pas ceux qui pensent comme ça. J’étais heureuse de découvrir ce nouveau monde, et Valérie Lhomme n’était pas avare de son savoir : c’était formidable d’apprendre à ses côtés » ajoute Isabelle. Le duo enchaîne alors les contrats : pour la presse culinaire, pour la publicité et pour des éditeurs de livres de cuisine. Avec le temps, l’assistante devient une vraie pro et, grâce à Valérie Lhomme, elle décroche ses premières missions en solo. Au bout de deux ans, elle vole ainsi de ses propres ailes, avec des petits jobs d’appoint alimentaires en parallèle, pour joindre les deux bouts. Piges, portage salarial, elle jongle avec les statuts et, dès que celui d’auto-entrepreneur est créé en 2009, elle y adhère.

« Venant du stylisme, quand j’écris un livre de recettes, mon approche est différente »

Alors qu’elle enchaîne les petits contrats, au hasard des prises de vue en studio, Isabelle croise la route de deux jeunes photographes à la recherche d’une styliste culinaire. Grâce à eux, elle rencontre les Éditions Hachette qui la font travailler sur un premier livre intitulé « J’apporte le vin », bientôt suivi par d’autres dans la collection « Hachette Petits Pratiques Cuisine ». Une collaboration étroite s’instaure alors avec une photographe spécialisée, Julie Méchali. Ensemble, elles réalisent des photos pour des agences de publicité, pour des éditeurs ou des magazines. Un autre éditeur, First, fait appel aux talents de styliste d’Isabelle : pour lui, elle réalisera les ambiances de près de trente livres, allant même jusqu’à se lancer dans l’écriture de deux ouvrages, devenant ainsi auteure. « Le premier s’est appelé ‘’Que faire avec le riz’’, le second était un petit précis des techniques de base de la pâtisserie. Étant styliste13325-0w0h0_Editions_Marabout_Caramel_Beurre_Sale_Salidou_Culte, j’écris en pensant aussi aux photos, c’est une approche différente que l’éditeur a tout de suite remarquée » commente-t-elle. Parallèlement, elle  continue à développer d’autres collaborations, chez divers éditeurs, et c’est finalement avec une autre photographe, Aline Princet, que la styliste revient chez Hachette Pratique où elle collabore depuis maintenant deux ans à la très jolie collection « Fait maison ». En parallèle, son ancienne mentor Valérie Lhomme se consacrant désormais exclusivement à la photo, elle fait parfois appel à Isabelle pour des prestations de stylisme : la boucle est bouclée !

« Je veux aujourd’hui transmettre, comme on m’a transmis, et surtout ne jamais cesser d’apprendre. »

Aujourd’hui, Isabelle vit une vie qui lui va bien, à son rythme. « Je chine, je cours les brocantes, j’accumule les trouvailles que j’entrepose dans ma cave, mon appartement étant devenu trop petit. Quant aux recettes sur lesquelles je travaille, je les imagine, je les écris comme un musicien écrit une partition puis je les teste, je les affine à force de les faire. Mes amis ne sont jamais contre un dîner dégustation où ils jouent les cobayes ! » précise-t-elle. Au-delà des livres qu’elle écrit, et pour partager ses recettes fétiches, Isabelle les publie sur le blog qu’elle a créé en 2009,  Gourmandises et Merveilles.Gourmandises et merveilles « Aucune intention commerciale derrière ce blog, juste l’envie de parler des produits qui me tiennent à cœur et de la façon dont j’aime les cuisiner. La formule me permet aussi, égoïstement, de me constituer un carnet de recettes virtuel, avec à ce jour déjà près de 280 fiches » ajoute Isabelle. Lorsqu’on lui demande de regarder en arrière et de faire un premier bilan, même si elle n’a que 42 ans, la réponse est sans détours : « je ne regrette rien dans mon parcours, car tout a eu son utilité. L’ École du Louvre m’a apporté de solides bases en culture artistique, complétées par mes petits boulots d’appoint dans des galeries d’art. Le stage de broderie m’a fait connaître mon premier employeur, chez ce dernier j’ai rencontré le second, qui m’a fait découvrir le stylisme déco, et de là j’ai évolué vers les arts de la table… Je n’exclus pas du tout de changer à nouveau, en allant peut-être plus vers la cuisine car c’est là ma vraie passion. Je veux aussi transmettre, comme on m’a transmis, et surtout ne jamais cesser d’apprendre. Une vie professionnelle linéaire, comme celle de nos parents, ça n’est plus vraiment envisageable, non ? » conclut-elle dans un sourire.

Texte Corinne Martin-Rozès / Portraits photo © Nicolas Brizault
Textes et images ne sont pas libres de droits

 -Retrouvez Isabelle sur son blog Gourmandises et Merveilles et sur sa page Facebook
-Derniers livres parus (en tant que styliste) « Le pain en un tour de main » chez Hachette Pratique et « Barbecue et Plancha » chez Hachette Cuisine
-Derniers livres parus (en tant qu’auteure et styliste) « Que faire avec le riz » chez First, « Caramel au beurre salé » et « Raclette » chez Marabout Minis Culte
-En kiosque, Isabelle est au générique de dossiers dans le magazine Saveurs (Novembre/Décembre 2014) et dans Marie-Claire Idées (Novembre/Décembre 2014)

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Catégories :Parcours atypique

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4 réponses

  1. Beau parcours, riche d’enseignement ! La persévérance, la curiosité et la passion !
    Bravo à Isabelle pour son enseignement vers la réussite, celle qui est en nous.

    Merci pour le partage !

  2. Je suis complètement séduit par ce site que je viens de découvrir. C’est vraiment sympa de communiquer sur la reconversion. Isabelle a un parcours incroyable et au final, la passion l’emporte. Elle est un exemple à suivre ! Bravo.

  3. Bravo!! Ingeus m’aider aussi a trouver mon chemin; a gagner plus de confiance en moi et a nous valoriser. Avec 51ans n’ai pas facile le marche do travail! On est vieux pour le marche, est jeune pour aller a la retrait. J’attend la reponse de m’a conseilleire pole emploi pour avancer mon projet. Cordialement manuela mendes(mourato)

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