Pascal, sommelier « Je me suis donné deux ans pour réussir dans ma nouvelle vie »

Issu d’une lignée de vignerons, Pascal a cependant attendu d’avoir 47 ans pour devenir sommelier et vivre de sa passion. Après la fac de pharmacie et une première carrière épanouissante dans l’industrie pharmaceutique, c’est à l’Université du Vin de Suze-la-Rousse qu’il a choisi d’apprendre son nouveau métier. 

Illustration © Blandine Billot

Pascal Durand Fontanel est un homme heureux. Aujourd’hui, il vit enfin au rythme de sa passion et du plaisir qu’il a à la partager. Depuis un an, il consacre 100% de son temps et de son énergie au lancement de sa société. « Je ne peux pas dire que cela me pèse, car tout ce que je fais me permet d’allier plaisir et travail. Que j’anime une dégustation, que je conseille un client ou que je me rende chez un vigneron, j’adore ça ! Alors bien sûr, j’ai moins le temps de faire du VTT ou de la natation, mes loisirs de prédilection. Mais quel bonheur d’avoir enfin un métier en rapport avec le monde du vin ! » confesse-t-il, enthousiaste.

«  J’aimais encore mon métier, mais je n’aimais plus la façon dont on me demandait de le pratiquer »

Originaire du Biterrois, la famille de Pascal a commencé à exploiter des vignes au début du XVIIIème siècle. « Pour tout un tas de raisons, mon père a cependant quitté ce milieu, gagné Montpellier et fait carrière dans l’informatique naissante (IBM). Pour payer mes études, je travaillais les deux mois de l’été en tant que sapeur-pompier volontaire saisonnier et, même si ma famille a petit à petit cédé toutes ses terres, j’enchaînais chaque année avec les vendanges, dans les vignes et en cave. Car le vin m’a toujours intéressé ! La biologie et le monde de l’agriculture aussi. J’allais d’ailleurs chaque année, sur le Larzac, donner un coup de main chez ma grand-mère pour « faire le maïs ». Mais à l’époque, je n’avais pas du tout envie de reprendre une exploitation. J’ai donc opté pour les sciences » raconte Pascal. Après un DESS de Pharmacie Industrielle, il se spécialise dans le contrôle qualité, travaille un an dans ce domaine puis s’oriente au milieu des années 90 vers la logistique, par goût. « J’adorais mon métier, j’étais très impliqué, je me sentais investi d’une vraie mission : faire en sorte que le bon médicament arrive au bon moment chez le bon patient, dans près de 80 pays du monde » Après 7 ans à ce poste, il intègre une start-up prometteuse dans les biotechnologies. Celle-ci se développe rapidement et Pascal commence par être ravi, avant de déchanter. « La pression était forte, et j’avais l’impression d’être dans un système de management où l’homme n’avait plus de valeur. Il ne fallait pas être mais juste se contenter de paraître. Or je viens de la terre, d’une famille d’agriculteurs. Cet art du paraître  que les gens cultivaient autour de moi ne me correspondait pas. Préoccupé au premier chef par le sort de mes collaborateurs et des patients, je sentais que je n’étais plus en phase avec ce nouveau type de management. J’aimais encore mon métier, mais je n’aimais plus la façon dont on me demandait d’évoluer. Alors, au bout de  9 ans, j’ai décidé début 2012 de donner une autre orientation à ma vie » se souvient-il.

« Lorsque j’ai voulu m’inscrire à l’Université du Vin, on a commencé par me dire que j’étais trop diplômé »

Pascal fait alors un état des lieux : « tous mes besoins fondamentaux étaient couverts. Ma maison était payée, mon épouse travaillait, j’ai réalisé que les feux étaient au vert pour envisager autre chose. Restait à choisir ma nouvelle voie ». Sa décision va lui être dictée par la passion, une fois de plus : en parallèle de son métier, depuis des années, Pascal organise déjà des dégustations et des sorties en groupe dans des vignobles, tout en officiant comme dégustateur au concours général de Mâcon. « Mes amis me demandaient souvent pourquoi je ne me consacrais pas totalement à ma passion du vin… Alors je me suis dit, pourquoi pas ça ? Car repartir de zéro à 47 ans, ce n’est pas évident : or là, j’avais déjà des bases solides ». Pour donner du poids à sa reconversion et formaliser toutes les connaissances qu’il a déjà acquises sur le terrain, il décide alors de suivre le très renommé cursus de sommelier-conseil  à l’Université du Vin de Suze-la-Rousse, dans la Drôme. Sa première lettre de motivation se solde par un refus : on lui oppose le fait qu’il est « trop diplômé ». Mais il en faut plus pour arrêter Pascal, qui réussit à obtenir un rendez-vous fin août 2012 avec la directrice pour lui exposer ses motivations, et finit par la convaincre. Il rejoint alors la promotion suivante dès le mois d’octobre. « J’ai loué une chambre sur place, j’y ai passé toutes mes semaines pendant quatre mois. Mon objectif : obtenir le diplôme de sommelier-conseil-caviste. Nous étions une trentaine, entre 18 et 52 ans, dont cinq dans le même cas que moi, avec déjà une première vie professionnelle derrière eux. L’ambiance était extra : chaque soir, les « seniors » du groupe invitaient les plus jeunes à prolonger la dégustation avec leurs caves personnelles… » Pour valider ses connaissances à l’épreuve du terrain, Pascal effectue enfin deux stages de deux semaines, dans des établissements lyonnais réputés : les Caves Malleval et Antic Wine. Quant à son mémoire, il décide de le consacrer à l’histoire de ses racines familiales dans le vignoble du Languedoc-Roussillon. « J’avais comme objectif caché de finir dans les trois premiers de ma promo, je n’ai rien lâché ! Finalement, je me suis classé 2ème, derrière le premier sommelier du Ritz, et j’en retire une immense satisfaction ».

« Mon carnet d’événements se remplit doucement mais sûrement, et mon comptable juge mes résultats encourageants »

Pascal Durand Fontanel

Pascal Durand Fontanel

En février 2013, Pascal est donc fraîchement diplômé et s’interroge : il voit passer beaucoup d’offres d’emplois de sommelier dans des restaurants, mais ces postes sont difficilement compatibles avec une vie de famille. « J’ai alors réalisé que j’avais envie de partager mes vingt années de découvertes, mon expérience, mes coups de cœur. D’où ma décision de créer une société pour vendre du vin et créer l’événement autour du vin » A la Chambre de Commerce et d’Industrie, il reçoit un support pour mener son étude de marché et établir son business plan. Il assiste à une formation, « Cinq jours pour entreprendre », qui lui apporte de nombreux éléments déterminants. Parallèlement, avec Pôle emploi, il peut bénéficier de l’ARE (Aide au Retour à l’Emploi), qui lui permet de lancer son activité en toute quiétude. « J’ai affiné mon concept. Je ne me voyais pas caviste au sens classique du terme, avec une boutique, car je voulais continuer à aller sur le terrain, voir des vignerons en particulier. Avoir un point de vente physique représentait également un coût substantiel et autant de budget que je ne pouvais pas mettre dans d’autres projets » poursuit-il. A la rentrée 2013, des amis lui demandent d’organiser une animation durant le Congrès des Pharmaciens. Pascal profite de cette occasion pour créer sa société, avec l’aide d’un conseiller  pour tout l’aspect administratif. « L’expérience de ce congrès a été déterminante : les sponsors et les participants ont été contents de ma prestation, et cela m’a donné confiance en moi. Je me suis jeté à l’eau, j’ai mouillé la chemise, perdu 3 kg en deux semaines, mais quelle satisfaction ! » ajoute-t-il. Il enchaîne alors sur les cadeaux de Noël (pour particuliers et entreprises), avec une sélection de vins, de produits authentiques du Larzac et d’huiles d’olives BIO (produites par un de ses amis). « Encore un succès, modeste, mais un succès tout de même, puisque j’ai alors dépassé mon objectif. Pas question encore de me payer tout de même, les premiers bénéfices étant immédiatement engloutis dans les charges. Mais il faut être patient, et je touchais l’ARE, ce qui me permettait de tenir ». Début 2014, Pascal continue à se diversifier. Il est choisi pour animer des formations à la dégustation, sur un rythme régulier, ce qui lui apporte une garantie mensuelle de revenus qui vient couvrir ses charges fixes. Tout en continuant d’intervenir sur des manifestations professionnelles (congrès, événements d’entreprise), il commence aussi à faire des animations chez des particuliers. « Cela fonctionne correctement , et je suis même en train de développer une prestation spécifique pour les mariages… Je ne me ferme aucune porte, et je continue à imaginer de nouvelles prestations. A une rencontre entre créateurs d’entreprise organisée par la CCI, j’ai croisé une chef à domicile (elle aussi reconvertie) et nous démarrons une sympathique  collaboration ! Mon carnet d’événements se remplit petit à petit, doucement mais sûrement, et mon comptable juge mes résultats encourageants ».

« Je pense que mon père a été très touché de voir renaître à travers moi une certaine tradition familiale »

Alors, avec le recul, quel regard sur ce virage à 180° ? « Je suis heureux de l’avoir fait ! Je crois qu’il faut être fonceur et ne pas se soucier de ce que pensent les gens, tout en restant lucide et en se ménageant des solutions de repli. Moi, je m’étais donné deux ans, et je prenais peu de risque comme je l’ai expliqué plus haut. Alors, pourquoi ne pas tenter l’aventure ? Je crois que mon père a été très touché de voir renaître à travers moi une certaine tradition familiale… Mes copains commerçants m’ont aidé à garder les yeux ouverts et m’ont apporté des conseils très utiles, comme celui de ne pas emprunter : je me félicite aujourd’hui de l’avoir suivi, ça enlève une grosse pression ! Aujourd’hui, toute mon énergie est concentrée sur la réussite de ma société. Mon ambition ? Etre smicard d’ici fin 2015 ! J’ai divisé mes revenus par dix, mais ça n’a pas d’importance à mes yeux tant je prends du plaisir à ce que je fais. Alors je garde la tête sur les épaules, je ne crie pas victoire, mais les débuts sont prometteurs et je croise les doigts ».

– Texte Corinne Martin-Rozès / Illustration © Blandine Billot –
Textes et images ne sont pas libres de droits

Découvrez le site internet de Pascal www.selectionspdf.fr

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2 réponses

  1. Bravo Pascal, votre parcours est passionnant puisque c’est bien de passion qu’il s’agit.
    Je vous souhaite de continuer à être heureux dans ce que vous faîtes, je crois que c’est comme cela que l’on est bon pour soi et pour les autres.
    In vino veritas ?

  2. Quand on se rapproche de notre vrai passion, quand on s’aligne sur notre vrai « moi », tout s’ouvre ! Merci pour ce témoignage. C’est ce que j’ai fait à plus de 40 ans aussi et je suis profondément heureuse tous les jours de faire enfin ce que j’aime en étant décisionnaire. Tous les entrepreneurs peuvent réussir, je crois s’ils sont passionnés et qu’ils connaissent les bonnes techniques pour trouver des clients.

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