David, agriculteur bio : « Chaque journée est plus intense que la précédente, mais quel épanouissement pour l’ex-citadin que je suis ! »

Des études d’économie, une première carrière dans la publicité à Paris, puis à São Paulo : David menait une vie de cadre sup a priori idéale… Pourtant, un beau jour, il plaque tout et part à la campagne reprendre une exploitation agricole bio. Récit d’une renaissance.

IMG_0745Chaque semaine, David Ralitera livre plus d’une centaine de paniers de légumes bio à São Paulo et approvisionne près de cent restaurants, au volant d’un de ses trois camions. Et dire qu’il y a encore deux ans, il travaillait dans une des plus grandes agence de pub du monde. Ce grand écart, il l’a voulu et ne le regrette pas. Car aujourd’hui il croit en ce qu’il fait et, malgré l’investissement personnel énorme que lui demande son nouveau métier, il se lève chaque matin avec le sourire. Lui qui se définit comme un rêveur s’est aussi découvert une âme d’entrepreneur.

« Un hobby qui se transforme en vocation »

Rien ne prédisposait pourtant David à devenir agriculteur. Né en France, il réside ensuite à Madagascar jusqu’à la fin du collège puis regagne la France où il obtient un diplôme en Economie Internationale à l’Université Paris 1. Il intègre alors une agence en tant que media planner et commence au début des années 90 une carrière dans la publicité. En 2006, il quitte Paris pour le Brésil où il rejoint une des majors mondiales du secteur, à São Paulo. Mais, la quarantaine approchant, David se retrouve de moins en moins dans ce qu’il fait et commence à envisager une autre vie. « En fait tout a commencé un peu par hasard… Chaque week-end, avec ma petite famille (j’ai trois filles), nous allions passer du temps dans une ferme. Je voulais que les enfants aient un jardin pour jouer et apprennent d’où viennent les fruits et les légumes. Au-delà de l’aspect pédagogique, cet endroit me plaisait et constituait une véritable source d’inspiration et d’oxygène pour moi qui travaillais toute la semaine dans une mégalopole. Ce travail au potager, de hobby, est petit à petit devenu projet professionnel » se souvient-il. A l’été 2010, David a une longue conversation avec Reginaldo, responsable de la ferme. Ensemble ils conviennent que des investissements seraient nécessaires pour professionnaliser les cultures bio de l’exploitation, et David décide de financer l’installation d’une serre, puis d’un système d’irrigation. La reconversion du publicitaire était amorcée, même s’il ne le savait pas, et cette activité allait devenir son nouveau métier.

« Pas évident de se réveiller un matin en recommençant tout à zéro »

David a alors 43 ans, un job « en or » avec des voyages en classe affaires et le salaire qui va avec. Mais cela ne lui suffit plus, et il aspire à autre chose. Sur son temps libre, il commence  alors par livrer des paniers de légumes issus de la ferme àIMG_0735 un portefeuille d’environ 20 particuliers, plus un restaurant et des marchés. A l’époque, le secteur de la publicité subit un fort ralentissement, et dans ce contexte difficile David se voit proposer un nouveau poste, avec toujours plus de responsabilités et de pression potentielle. La rupture qui intervient alors dans sa vie personnelle (il divorce) contribue à précipiter le virage que David décide de prendre. Fin 2012, il choisit enfin de quitter son entreprise pour se consacrer à 100% à son projet d’exploitation agricole bio, qu’il n’arrivait plus à concilier avec sa vie de cadre citadin. « En partant, j’ai réussi à négocier avec mes employeurs une enveloppe qui devait me permettre d’investir dans la ferme et de tenir quatre mois » raconte-t-il. Le plus dur, au démarrage ? « Se réveiller un matin et tout devoir recommencer à zéro : monter une structure, faire installer une connexion internet au milieu de nulle part, comprendre les subtilités d’un nouveau marché mais aussi apprendre à vivre au rythme de la nature, de la météo et des saisons… c’était un tout nouveau monde pour moi ! Heureusement, mes proches m’ont encouragé et soutenu, même si mes parents restaient sceptiques, se disant que c’était « encore » un coup de folie de ma part » commente-t-il. Avant de démissionner, David avait tout de même suivi des cours de culture bio, et la personne qui dispensait cette formation est aujourd’hui devenu l’ingénieur agronome de l’exploitation. « Je ne m’embarquais en outre pas seul dans l’aventure, car mon bras droit travaille suivant les concepts du bio depuis plus de 20 ans ! C’était rassurant » indique-t-il.

IMG_0756« Aujourd’hui, c’est pour mon seul travail que je suis reconnu et cela me procure une immense fierté  »

Après deux ans d’activité en tant qu’agriculteur, David est en mesure de dresser un premier bilan. « Du point de vue financier, mes revenus n’ont rien à voir avec ceux que j’avais en agence, et je boucle tout juste mon budget chaque mois, sans pouvoir rien mettre de côté. Mais en matière de reconnaissance et de valorisation personnelle, ça n’a rien à voir : avant, j’étais sollicité non pour moi-même mais parce que j’avais en portefeuille des marques susceptibles d’investir des millions en publicité. Aujourd’hui, c’est pour mon seul travail que je suis reconnu, par les produits que je propose, et cela me procure une immense fierté » explique-t-il. Les médias, friands de ce type de parcours, s’intéressent beaucoup à lui et lui offrent une visibilité très utile pour sa jeune entreprise, même si souvent les journalistes sont plus intéressés par l’aspect reconversion que par l’activité elle-même. « Mon parcours semble tellement interpeller les gens que je suis en train de réfléchir à organiser des séjours à la ferme pour citadins en pleine crise existentielle » ajoute David en souriant. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos légumes : David s’est spécialisé sur les variétés « oubliées » et sur les cultures traditionnelles de la région où il est implanté, à Morungaba (au nord de São Paulo). Il produit environ quatre-vingt sortes de fruits et légumes, qu’il distribue en direct auprès des consommateurs sous forme de paniers et auprès de restaurateurs. Son crédo ? Supprimer tous les intermédiaires et les distributeurs. Son souhait ? Mettre en place un système d’ASC (agriculture soutenue par la communauté) comme cela existe déjà en Europe, dans le cadre duquel les clients s’engagent financièrement pour une période donnée à acheter la production d’un agriculteur, en acceptant les risques et les aléas de la production.

 « Paradoxalement, la vie en entreprise a tendance à inhiber les salariés, étouffant leur propre désir d’entreprendre »

Aujourd’hui, David rêve de s’affranchir à terme des contraintes de livraison et d’attirer à lui les grands chefs, comme l’a fait le maraîcher français Joël Thiébault, chez qui viennent se fournir de nombreuses tables étoilées. Il aimerait aussi avoir un jour les ressources financières et humaines suffisantes pour développer une gamme de confitures et de gelées à partir de ses produits. « Mais je n’en suis pas là… la vie d’un entrepreneur qui se lance est intense, on n’a pas une minute à soi, aucune sécurité financière, et il faut tout IMG_4474faire tout seul : assurer la direction commerciale, le ménage, l’intendance, conduire le tracteur… Le plus gros danger ? Se disperser ! Je m’applique donc à rester concentré sur mes objectifs » ajoute-t-il. Bien sûr, il confesse avoir encore des moments de solitude, dans sa ferme située à quarante minutes du village le plus proche. Des moments de doute aussi. Mais quand il regarde dans le rétroviseur, il n’a aucun regret. « Si on n’est pas heureux dans ce que l’on fait, il faut aller vers autre chose qui vous correspond mieux. Paradoxalement, la vie en entreprise a tendance à inhiber les salariés, étouffant leur propre désir d’entreprendre. Personne ne les encourage à se lancer, encore moins s’ils présentent un bon potentiel : leurs supérieurs préfèrent les garder à disposition, au sein de la structure ! Alors il faut croire en soi, s’affranchir de cela pour oser sauter le pas et vivre, enfin, selon ses aspirations » conclut David.

– Texte Corinne Martin-Rozès –
– Photos © David Ralitera –
Texte et photos ne sont pas libres de droit 

Suivez les aventures de David Ralitera sur sa page Facebook, son Instagram @santa_adelaide_organicos et son Tumblr.

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Catégories :Reconversion

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8 réponses

  1. Très bonne preuve de courage cet homme! Il a quitté tout des repères pour un métier qu’il connaissait beaucoup moins que ce qu’il faisait depuis longtemps. De plus l’installation d’une ferme bio au Brésil est une très bonne idée cela poussera peut être les agriculteurs à faire comme lui

  2. Waouh ! Ça c’est de la reconversion ! D’accord avec David sur le fait que souvent l’entreprise ne sait pas valoriser ce pour quoi nous sommes faits, ce pour quoi nous sommes bons. Bravo David, soyeux heureux 😉

  3. Bravos David, quelle epanouissance 😉 tout ceci transpire la beauté et l’envie de vivre vrai ! Super top vraiment top inspirant pour nous. Merci beaucoup.

  4. Félicitation à ces entrepreneurs qui ont des valeurs et une éthique ! C’est avec eux que j’ai décidé de travailler.

  5. Bravo pour cette belle histoire qui nous rappelle que l’essentiel pour être heureux est de faire ce qui a du sens pour soi-même. Venir du monde de la pub est un vrai plus…
    longue vie aux légumes oubliés😊

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