Carine, chocolatière : « Depuis le collège, je savais qu’un jour je me reconvertirai »

Son diplôme d’ingénieur en poche, Carine Dhers a commencé par faire du conseil en systèmes d’information pendant dix ans avant de passer son CAP en chocolaterie et de lancer sa petite entreprise, le Jardin Chocolaté. Rencontre avec une gourmande qui sait ce qu’elle veut.

Carine Dhers portrait couvUne chocolaterie 2.0, utilisant le web et l’approche design thinking  pour permettre à ses clients de co-créer les gammes qui leur sont proposées ? Elle en rêvait, elle l’a fait : aujourd’hui, Carine Dhers a laissé derrière elle les systèmes d’information pour inventer des chocolats aux goûts nouveaux et originaux, des gourmandises authentiques fabriquées de manière artisanale avec des produits simples, à base d’ingrédients issus de l’agriculture raisonnée, bio et équitables. Pour savoir comment elle a opéré cet improbable virage, rembobinons un peu…

« J’avais l’impression d’avoir, un peu par hasard, trouvé un job qui me plaisait bien » 

Enfant de prof, le petite Carine suit un parcours qu’elle qualifie elle-même de « assez classiquement élitiste ». Docile, malgré de sérieux doutes quant à ses préférences, elle s’oriente en filière générale tout en se disant, dès le collège, qu’elle pourra toujours se reconvertir au cours de sa future vie professionnelle. « J’ai alors suivi la voie dite royale, parce qu’apparemment j’en étais capable : bac S, prépa scientifique, école d’ingénieur, premier poste comme développeur informatique, puis chef de projet et enfin consultante en systèmes d’information. J’avais l’impression d’avoir, un peu par hasard, trouvé un job qui me plaisait bien : ce que j’aimais, c’étaient les aspects créatifs, notamment lorsque je travaillais sur des projets de sites internet, et surtout, le service au client » se souvient-elle.

« Ma psy et quelques cours de yoga m’ont bien aidée pour donner le change à mes équipes et à mes clients » 

Pourtant, à 32 ans, la jeune femme décide de changer de vie. Mise en difficulté dans son travail par une promotion qui la propulse dans un contexte difficile, elle réalise qu’elle a perdu un équilibre. « Parmi les choses qui m’ont permis de tenir le choc, il y avait toujours cette petite voix qui, depuis le collège, me chuchotait : pourquoi pas une reconversion ?  C’était le moment de mettre ce projet en application. A la fin de ma mission, j’ai donc entamé un bilan de compétences » raconte Carine. Mais pour se sentir capable d’annoncer à son patron son souhait de reconversion, elle commence par aller voir sa psy. Objectif : se défaire de tout l’aspect émotif de sa décision. « Bien m’en a pris : mon patron a vite compris mon besoin et ma détermination, et a cherché à m’aider. J’ai fait plusieurs tentatives pour obtenir un financement de CIF. Ces démarches ont pris presque un an, pendant lequel je continuais mon travail de consultante. Ma psy et quelques cours de yoga m’ont bien aidée pour pouvoir donner le change à mes équipes et à mes clients ». Après un dernier refus définitif du Fongécif, Carine finit par quitter sa société pour pouvoir suivre une formation accélérée, avec la préparation au CAP chocolatier-confiseur en quatre mois et demi.

« Tu te vois vraiment passer tes journées dans ta cuisine ? Eh bien,  à vrai dire, oui ! »

Autour d’elle, ses proches réagissent plutôt bien, à commencer par son compagnon, qui est depuis le départ son «  plus grand supporter » ! Ses parents et amis acceptent sa décision, sans commentaires, « même si parfois je sentais bien qu’ils ne comprenaient pas ». L’un d’entre eux lui demande, à sa grande surprise, comment elle compte se loger pendant sa formation à Rouen. « Cette question m’a paru tellement secondaire, par rapport à tout le chemin à parcourir ! Pour autant, avec le recul, les réactions se sont toutes révélées constructives, parce qu’elles m’ont permis de mettre ma motivation à l’épreuve. Du style : – tu te vois vraiment passer tes journées dans ta cuisine ? – eh bien,  à vrai dire, oui ! ». Deux amis à l’âme d’entrepreneurs la rassurent en lui rappelant qu’après tout, elle ne prend pas un risque insurmontable. Alors la jeune femme se lance, obtient son CAP Chocolatier, travaille comme commis dans une chocolaterie et effectue plusieurs stages dans de belles maisons (Christian VautierRémi HenryBernachon) : le rêve prend forme.Carine 1

« Quoi qu’il advienne dans les prochaines années, j’aurai adoré cette expérience »

« Aujourd’hui, j’ai 36 ans et je viens de lancer ma petite chocolaterie à moi : le Jardin Chocolaté ! Je me sens bien. Malgré l’inquiétude du lendemain pour ma toute jeune société, je suis beaucoup moins stressée que dans mon métier précédent. De ma carrière de consultante, je garde des valeurs qui me sont très utiles aujourd’hui : la rigueur, l’attention portée aux processus et l’écoute client. Quoi qu’il advienne dans les prochaines années, j’aurai adoré cette expérience, riche en remises en questions et en rencontres très variées. J’ai l’impression d’avoir élargi mon horizon. Si c’était à refaire, je recommencerais sans aucun doute ! » commente Carine, qui avoue vivre un peu au jour le jour en ce moment, tout en caressant plusieurs rêves, comme celui de développer la co-création (faire goûter ses essais au public pour sélectionner ses gammes de produits), ou celui d’avoir un jour un petit local dans lequel elle pourra organiser des ateliers culinaires, au milieu d’un jardin où pousseraient les plantes aromatiques qu’elle utilise dans ses recettes… « Mon énergie, je la puise dans la fabrication de mes chocolats ! Le bilan de compétences m’avait révélé une chose : je suis autant manuelle qu’intellectuelle, là est mon équilibre. Au début de ma carrière dans l’informatique, mes loisirs consistaient à faire de la couture, de l’encadrement… Plus tard, trop prise par le travail, je ne trouvais plus le temps pour ces activités. La seule chose que j’arrivais encore à faire, c’était un petit peu de pâtisserie ! Mais ce n’était pas suffisant, d’où ma reconversion » ajoute Carine avant de conclure « si vous avez envie de changer de vie, faites-le ! Quel que soit le résultat, vous aurez vécu une aventure enrichissante et serez fier(ère) d’être allé(e) au bout de votre idée. Mais attention, pas de précipitation non plus : allez-y à votre rythme. Lorsque vous sentez un coup de mou, pour vous secouer un peu,  prenez un nouvel engagement qui va vous faire avancer et dites-vous qu’une haute montagne, ça se gravit par petit pas ».

–  Texte Corinne Martin-Rozès / Photos © MagneticDust Photography  –
– Texte et photos ne sont pas libres de droit –

Retrouvez Carine Dhers sur son site Le Jardin Chocolaté

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Catégories :Reconversion

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7 réponses

  1. Ou comment, même en passant d’un métier à un autre paraissant complètement différent, il est possible de capitaliser sur ses connaissances, ses apprentissages, ses compétences et de les transférer dans le nouveau job pour le rendre plus innovant !
    Introduire les approches du web et du design thinking dans la chocolaterie, c’est géant !
    Passionnant ! Encore merci Corinne pour ce témoignage 🙂

    Sincèrement, ces nouveaux audacieux sont les rois de l’innovation grâce à leur parcours atypique qui s’affranchit des barrières entre les disciplines. Génial !
    Il faudra que j’écrive un article sur ce thème 🙂

  2. On garde toujours de l’ancien « soi » pour sa nouvelle vie mais on n’en garde que le meilleur !

  3. moi ça me redonne la patate !Merci

  4. C’est chouette de lire des articles comme ça… Je suis fondamentalement convaincue qu’il y a des trésors de possibilité pour celui qui a envie, et qui se lance…. Article très positif, bravo Carine pour ce changement pro!

Rétroliens

  1. “Freins, culpabilité et illégitimité : en triompher pour réussir sa reconversion” |

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