Juliette, architecte d’intérieur : « Se reconnecter au potentiel de l’enfant qu’on a été »

Etudiante en économie puis à Sciences Po, Juliette Breton a ensuite exercé plusieurs activités avant de laisser enfin s’exprimer sa créativité, la quarantaine venue. Aujourd’hui architecte d’intérieur, elle raconte son parcours avec lucidité, consciente qu’elle ne pratiquerait pas son nouveau métier de la même façon sans l’expérience qui est la sienne.

 

juliette-breton-1

 

Cela va faire un an que Juliette Breton exerce son nouveau métier d’architecte d’intérieur. Jeune diplômée de 44 ans, elle est plus que jamais déterminée à cultiver sa créativité et à en vivre. Volontaire, toujours dans le mouvement, Juliette ne lâche jamais rien. « Aide-toi, le ciel t’aidera : c’est une maxime que j’ai faite mienne il y a fort longtemps. Je ne suis pas quelqu’un de passif, j’agis. En commençant par prendre soin de moi : se sentir mal, ça n’est pas normal, cela signifie qu’il y a un travail à faire quelque part. Depuis près de vingt ans, je m’emploie donc à aller bien, ce qui m’a conduite où j’en suis aujourd’hui » indique-t-elle.

 

«  En fac d’économie, je me suis ennuyée à mourir »

Cette créativité qui la caractérise aujourd’hui, Juliette ne l’a pas toujours laissée s’exprimer. « J’ai été une petite fille très (trop ?) sage. J’adorais l’école, j’adorais apprendre (j’aime toujours), j’étais au premier rang et je buvais les paroles des professeurs » se souvient-elle. Elle demande tout de même à ses parents d’apprendre le piano et s’adonne avec passion à la danse, classique et modern jazz. Sa scolarité modèle débouche sur un bac D, mais en l’absence de vocation et d’idées pour son avenir, elle s’inscrit en fac d’économie où elle passe avec succès une maîtrise. « Je me suis ennuyée à mourir durant ces années, et j’ai eu envie de bifurquer. On m’a alors parlé de Sciences Po et j’ai décidé de passer le concours d’entrée. Sur les bancs de l’IEP, ce fut une révélation : réfléchir, écrire, organiser ma pensée, j’ai trouvé ça formidable » raconte Juliette. A l’époque, les établissements étant voisins, elle croise pas mal d’étudiants de Penninghen, l’Ecole Supérieure d’Arts Graphiques, carton à dessin sous le bras. « Curieusement, je me disais en les voyant passer : ça, ce sont de vraies études. Mais pas un instant je n’y pensais pour moi. Peut-être parce que cela n’était pas dans les schémas familiaux. Avec le recul, ça me semble incroyable ! » ajoute-t-elle. Après avoir travaillé sur le thème du luxe lors de son passage à Sciences Po Paris, elle trouve un job immédiatement à la sortie. Le président d’un groupe industriel de cosmétique lui propose de prendre en charge l’organisation d’un concours international de packaging dans le secteur du maquillage. « J’avais 25 ans et un beau défi à relever, avec le montage de l’opération de A à Z, jusqu’à l’approche des membres du jury, où j’ai réuni plusieurs personnalités. Je n’avais peur de rien, j’y suis allée bille en tête. Le président qui m’avait engagée a été mon premier mentor et m’a fait une totale confiance. Hélas, juste après le concours, il a revendu sa société et du coup, je n’ai pas eu envie d’y rester. J’ai démissionné, au grand dam de mon entourage qui n’a pas compris ma décision » raconte Juliette. Elle se lance alors dans un autre projet, celui de créer une « Maison de la France » à Hong-Kong, avec des marques de luxe de niche et de l’artisanat haut de gamme. Business plan en poche, elle se rend sur place pour défendre son projet, soutenue par une grande entreprise. « J’ai fini par renoncer : le choc des cultures était trop rude et j’étais seule, je manquais d’appuis dans le pays. J’avais 27 ans, c’était peut-être un peu tôt, en tout cas j’ai senti qu’il fallait que je passe à autre chose. Je fais toujours confiance à mon instinct » précise-t-elle.

« Devenir mère a comme débloqué quelque chose au fond de moi »

De retour en France, Juliette intègre une agence de packaging cosmétique en tant que responsable commerciale. Un poste qui ne lui correspond pas vraiment, mais qu’elle occupe tout de même pendant deux ans. Cette expérience lui donne l’idée de monter sa propre structure, une agence de communication baptisée Volubilis qu’elle lance en septembre 2002, avec son ex-employeur et son mentor comme premiers clients, bientôt rejoints par d’autres. Pendant deux ans, elle ne compte pas ses heures et sa petite entreprise prospère. « J’étais seule aux manettes, avec des stagiaires. Lorsque je me suis retrouvée enceinte, j’ai pris une nouvelle décision : passer à autre chose. J’avais bien travaillé, je disposais de quelques réserves financières et j’avais l’appui de mon conjoint. J’ai donc fermé Volubilis, à nouveau au grand dam de mon entourage » se souvient Juliette. Avec son premier né dans un couffin et un second en route, elle s’inscrit à l’Ecole du Paysage de Versailles par envie, pour ajouter cette corde à son arc. « Je crois que la maternité a ouvert quelque chose en moi : j’étais sur un petit nuage, je me suis mise à faire tout plein d’activités créatives avec mes petits, c’était merveilleux. Et cela a changé ma vision des choses. Après cinq ans de pause professionnelle, lorsque j’ai eu besoin de retravailler, je savais que mon avenir était dans la création et le design » explique Juliette, qui ouvre alors son carnet d’adresses et y retrouve l’un des membres du jury de son premier job, président d’une grande maison française de parfumerie et associé dans une grande agence de design. « Il a été mon deuxième mentor et m’a fait rentrer dans cette agence. Hélas j’étais à nouveau sur un poste de développement commercial, je crois que je ne m’autorisais pas encore à être créative, problème de légitimité sûrement. Parallèlement, en plus d’une analyse que j’avais faite il y a longtemps, j’ai alors vu une coach qui m’a aidée à y voir plus clair en moi. C’est à cette époque aussi que ce mentor m’a fait découvrir le « retail » et l’architecture d’intérieur : ce fut une nouvelle révélation. D’où ma décision de m’inscrire à l’ESAM Design en formation continue, en plus de mon travail, afin de pouvoir prendre un vrai virage » relate Juliette.

crayons-de-couleurs-images-photos-gratuites-domaine-public4

«  Je ne voulais plus faire semblant »

C’est ainsi que Juliette se retrouve, à 40 ans, sur les bancs de l’école. Avec d’un côté le
bonheur de se sentir enfin pleinement à sa place, et de l’autre la réalité d’un quotidien où s’entrechoquent le boulot, les exigences d’une formation chronophage et la vie de famille. Elle ne se facilite pas la tâche en outre, puisqu’elle cède aux sirènes d’un chasseur de tête, rejoint une nouvelle agence, voit cette dernière placée en liquidation judiciaire au bout de six mois, intègre encore une nouvelle structure… Le tout, cerise sur le gâteau, sur fond de divorce. « Dans ces périodes, on se découvre des ressources insoupçonnées. L’école me plaisait, ma formajuliette-breton-2tion m’enchantait, et je serrais les dents pour tenir le coup. Hélas, au début de la deuxième année, mon corps a dit stop, j’ai fait un burn-out et j’ai décidé de mettre provisoirement entre parenthèse mon cursus à l’ESAM. Mon employeur de l’époque, chez qui j’étais à 4/5, m’a demandé de travailler à plein temps, j’ai refusé et je suis allée voir ailleurs. J’ai vite trouvé autre chose, dans la plus belle agence de Paris. Hélas, on m’avait assuré que j’aurais aussi accès au volet créatif des dossiers, mais dans les faits, je restais cantonnée au développement commercial et je ne voulais plus me contenter de cela. Je ne voulais plus faire semblant. » Juliette quitte alors rapidement cette agence et s’attelle  à un projet devenu central dans sa vie : terminer sa formation à l’ESAM, dans de bonnes conditions cette fois, en s’y consacrant à plein temps. Au printemps 2016, il y a tout juste un an, elle sort de l’école diplôme en poche, bien décidée à écrire un nouveau chapitre de sa vie professionnelle.

« Pour mon premier projet, j’ai conçu une déco à base de palettes redécoupées, marquetées, recomposées »

Peu de temps après, alors qu’elle démarche ses premiers prospects, elle découvre que le dscn0894gérant du « foodtruck » de son marché, chez qui elle prend chaque samedi matin un expresso, va ouvrir sa propre boutique, l’Ambassadeur Café . « Je me suis proposée pour le design, il a dit banco. Pour lui, j’ai conçu une déco à base de palettes redécoupées, marquetées, recomposées, une ambiance chaleureuse de coffee-shop où il fait bon se poser » explique Juliette avec des étoiles dans les yeux. En parallèle de ce premier chantier, elle décide de recontacter les personnes de son carnet d’adresses à qui elle a envie de présenter sa nouvelle activité. L’une d’entre elles, qui vient d’acheter un bel appartement à Boulogne-Billancourt, lui demande un projet. « Vous imaginez ? Un duplex avec une terrasse de 90 m², quelle perspective ! »  glisse-t-elle dans un sourire. Séduit par ce qu’elle lui propose, son prospect se fait client et lui confie le chantier, qu’elle vient de démarrer et va coordonner d’ici l’été 2017.

«  La pression (familiale, éducative et scolaire) étouffe le potentiel que l’on a en soi »

Aujourd’hui, Juliette se sent enfin épanouie dans son travail. « Je me rends compte à quel point ce que j’ai vécu auparavant enrichit mon approche des sujets. Dans un projet, j’intègre d’autres dimensions, je suis en mesure de contextualiser, de marier l’aspect créatif et l’aspect consulting. Pour une marque, une boutique, c’est fondamental » se félicite-t-elle. Où se voit-elle dans dix ans ? « Impossible de le savoir, même si je sais que ma vie future comportera une banque-d-images-et-photos-gratuites-libres-de-droits-24part importante de création. J’ai envie de peindre, comme mon père dont ça a été longtemps la passion (et non la profession). Je continue à pratiquer la danse, aujourd’hui le hip-hop, et je pense me remettre bientôt au chant, dans le cadre d’une chorale » indique Juliette, qui confesse avoir à la fois soif d’esthétisme et un fort besoin de nourrir sa créativité. « Je vois beaucoup d’expos. Les dernières qui m’ont marquée ? Cy Twombly à Beaubourg, Seydou Keïta au Grand Palais… Et je suis une inconditionnelle de Nicolas de Staël, dont l’oeuvre m’inspire au quotidien. » A la question ‘’quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui vous déclare avoir envie de changer de vie’’, elle répond : « essayez de savoir ce dont vous avez vraiment envie : le désir est la chose la plus importante dans la vie. Les injonctions sont éminemment destructrices et n’apportent rien. Quand on est enfant, on est créatif, on est connecté à ce que l’on est vraiment. Puis la pression fait son œuvre : familiale, éducative et scolaire. Elle étouffe le potentiel que l’on a en soi. Le travail de l’adulte doit être de se reconnecter à ce potentiel, ce qui est plus ou moins difficile selon que l’on a été plus ou moins bridé. Or, lorsque l’on fait ce que l’on aime, on est forcément bon. Comme le disait Confucius : choisis un métier que tu aimes et tu ne travailleras pas un seul jour de ta vie. Je le crois très sincèrement et je m’attache à transmettre cela à mes enfants, non par le discours, mais par les actes. Si je réussis cela, ce sera déjà formidable ! »

– Texte © Corinne Martin-Rozès / Photos © Juliette Breton & Fotomelia
[le texte n’est pas libre de droit]

 

Pour en savoir plus sur Juliette Breton, ça se passe pour l’instant sur LinkedIn
Et pour la contacter : juliette.breton@sfr.fr

Advertisements


Catégories :Reconversion

Tags:, , , , , ,

1 réponse

  1. C’est marrant, moi qui approche la quarantaine je me questionne souvent sur cette éventualité de reprendre des études. A mon avis, c’est salutaire pour tous !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :