Alexandre, brasseur : « Créer mon entreprise m’a révélé à moi-même »

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Ingénieur, musicien et « serial entrepreneur », Alexandre Bournonville a pour principe de ne jamais brider sa créativité. Le jeune quadra prend un malin plaisir à ne jamais être là où on l’attend. Après une carrière d’ingénieur dans les télécoms, il brasse aujourd’hui de la bière avec succès, mais qui sait ce qu’il fera demain ? Portrait d’un électron libre qui applique au quotidien l’une des devises d’Elon Musk : « La vie est trop courte pour des rancunes à long terme ».

Qu’il est loin le temps où il développait des services pour des géants des télécoms ! Et pourtant, Alexandre Bournonville ne renie aucune étape de son parcours. A 43 ans, le jeune chef d’entreprise est aujourd’hui aux commandes de sa brasserie “DISTRIKT” mais ne conçoit pas de se laisser enfermer dans une seule case et continue de développer d’autres projets en parallèle, notamment dans le domaine musical, une autre de ses passions. « Je suis un grand fan du génial Elon Musk. Comme lui, j’aime à penser que rien n’est impossible à qui sait se retrousser les manches ! Comme lui aussi, je pense que « la vie est trop courte pour des rancunes à long terme », c’est-à-dire qu’il faut regarder devant soi. A son instar enfin, je crois que  « pour créer une entreprise c’est comme pour faire un gâteau : il faut avoir les bons ingrédients dans les bonnes proportions » et je m’applique chaque jour à trouver ce juste dosage dans tout ce que j’entreprends » indique-t-il.

« Pendant quinze ans, j’ai mené de nombreux projets, changeant de métier quasiment tous les dix-huit mois »

Alexandre a grandi dans l’Aisne, à la campagne, aux côtés de parents agriculteurs producteurs d’orge de brasserie. « Tout petit, j’étais déjà fasciné par l’idée que cet orge devenait une boisson, et je me demandais comment cela était possible » se souvient-il. Si l’adolescent aime bien l’école (enfin, surtout tout ce qui va avec, au premier chef les copains), il adore surtout la musique et apprend, tout seul, la guitare, le synthé et la batterie. Parce qu’il a envie de partager ses coups de cœur, il crée une radio avec des amis, sur laquelle la programmation fait une large place aux sons venus de Grande-Bretagne, en particulier de Manchester. Lycéen intéressé par les maths et la physique, il passe un bac scientifique et intègre les classes préparatoires Math Sup/Math Spé avant de rejoindre l’Ecole Centrale d’Electronique (ECE). En sortant, le jeune ingénieur développe des services télématiques pour un grand opérateur, avant d’être recruté par un géant des télécoms pour y mener de grands projets, à l’image du lancement du premier Blackberry en Europe ou du premier jeu téléchargeable sur mobile en France. « Pendant quinze ans, j’ai navigué ainsi entre les projets, changeant de métier quasiment tous les dix-huit mois, en mode start-up. J’aimais mon job, c’était riche, varié et loin de toute routine » raconte Alexandre.

« J’ai besoin de laisser s’exprimer ma créativité, sinon je m’ennuie »

Parallèlement, et parce qu’il ne sait pas avoir les deux pieds dans le même sabot, le jeune homme continue de phosphorer tous azimuts dès qu’il rentre chez lui. « J’ai besoin de laisser s’exprimer ma créativité, sinon je m’ennuie » avoue-t-il dans un sourire. Il crée alors plusieurs jeunes pousses et monte avec un ami un groupe de musique, allant jusqu’à remporter un concours de découvertes de talents. La brasserie, il y est venu petit à petit. « J’ai des cousins en Belgique et j’ai toujours été émerveillé par la diversité des bières qu’ils nous faisaient découvrir. Je me suis vite demandé pourquoi, en France, nous n’avions pas une telle variété… A cela s’ajoute un séjour aux Etats-Unis juste après mon bac, où j’avais été stupéfait par le nombre de micro-brasseries, voire de brasseurs individuels qui faisaient leur propre bière, dans leur garage. A mon retour des USA, au début des années 1990, j’avais cherché l’équivalent à Paris, mais il n’y avait que de rares initiatives à l’époque, comme le Frog qui venait d’ouvrir son premier pub, ou le O’Neil, qui était tout près de mon école. Tout cela m’a donné envie de créer « ma » bière » relate Alexandre, qui commence alors à se documenter par internet et achète, petit à petit, tout le matériel nécessaire. Puis, au début des années 2010, avec un ami, il commence à brasser sa bière dans son garage, au cœur des Yvelines. Au démarrage, les deux copains font ça pour leur plaisir, cent litres par ci, cent litres par là. Puis, parce qu’il s’agit d’alcool et qu’ils ont veulent être en totale conformité avec la réglementation, ils créent une association afin de pouvoir en donner à leurs amis et en vendre, histoire de financer le matériel. Pendant deux ans, le binôme fonctionne sur ce modèle, mais Alexandre veut aller plus loin en créant une marque alors que son ami, lui, souhaite continuer sous forme d’association. Leurs routes se séparent alors, et la société Distrikt voit le jour. « Au démarrage, j’ai choisi le statut d’auto-entrepreneur, car je travaillais encore dans les télécoms et surtout, je ne savais pas encore que j’allais en faire mon métier principal… Je tournais alors avec cinq à six recettes et c’était bien » ajoute-t-il. En 2013, les circonstances Alexandre_Bournonville_Disktriktbeer (3)vont hâter le processus. L’entrepreneur se voit proposer un local très intéressant à la ferme de Grignon, tandis que son employeur annonce un plan de départ volontaire. « J’avais fait le tour de ce que je pouvais apporter à l’entreprise. J’avais cherché un job ailleurs, mais on me proposait toujours le même type de poste et j’avais envie de changer d’air. Le plan de départ volontaire apportait une sécurité très appréciable, puisqu’il permettait de se lancer avec des revenus garantis pendant quatre ans ! Sans cela, je ne pense pas que j’aurai osé sauter aussi carrément le pas. Mon projet a été accepté, j’ai donc bénéficié d’un coaching par des experts et j’ai pu me lancer » raconte-t-il.

« On m’a pris pour un fou : quitter ce chouette boulot hyper bien payé ? Quelle idée ! »

Autour de lui, les réactions sont alors très variées. Ses collègues, qui connaissent sa créativité et sa capacité à mener des projets, sont enthousiastes. « Ils y croyaient, et beaucoup m’ont alors dit qu’ils ne m’imaginaient pas autrement qu’en chef d’entreprise ». Sa famille est plus mitigée, à part son épouse qui le soutient mordicus (et qui est d’ailleurs, depuis peu, la première salariée de la société Distrikt). « Combien de fois ai-je entendu la rengaine : il y a déjà plein de gens qui font de la bière, pourquoi réussirais-tu mieux que les autres ? Personne ne t’attend, pourquoi t’accroches-tu à cette idée ? ». Ce que ne comprennent pas ces oiseaux de mauvais augure, c’est qu’Alexandre se moque d’être meilleur que qui que ce soit, il a juste envie d’entreprendre ! « On m’a pris pour un fou : quitter un boulot hyper bien payé dans une grande boite ? Quelle idée ! Le fait est que, si j’avais su dans quoi je mettais les pieds, j’aurais peut-être hésité. Car ce n’est qu’une fois que l’on a créé son entreprise qu’on se rend compte à quel point il est confortable d’être ingénieur et manager dans un grand groupe. Avant, je gagnais trois à quatre fois plus qu’aujourd’hui, avec certes pas mal de pression à gérer et un agenda de ministre, mais je ne fournissais pas autant de travail effectif que maintenant… c’est véritablement le jour et la nuit » ajoute-t-il.

« J’ai toujours fait ce que j’aimais, en m’inspirant de ce que voyais ailleurs, mais sans jamais copier personne »

Depuis 2013, tout s’est enchaîné assez vite. « Quand j’ai démarré, je  vendais de la bière par cartons de douze à trois ou quatre magasins, et si j’écoulais dix cartons dans la semaine j’étais content. Aujourd’hui, je livre jusqu’à 800 magasins en France, dans les moments les plus favorables comme l’été. » Pour autant, Alexandre est lucide et sait qu’il ne faut jamais s’emballer, que les réussites sont éphémères. Son secret pour que ça marche ? « J’ai toujours fait ce que j’aimais, en m’inspirant de ce que voyais ailleurs, mais sans jamais copier personne. A chaque fois que j’ai écouté les conseils d’autres entrepreneurs, je me suis planté. Mon objectif premier reste de me faire plaisir, en pensant au client à qui je vais aussi faire plaisir » précise-t-il. Sa gamme de bières, il l’a créée en s’inspirant de la musique, avec des noms évocateurs (Funky, Groovy, Clash), et la musique le lui rend bien puisqu’il vit aujourd’hui une belle histoire avec l’un de ses groupes préférés, les facétieux Naïve New Beaters. « Je suis fan et j’avais essayé de les contacter, sans succès. Et puis un jour, ce sont eux qui m’ont appelé, après avoir goûté une de mes bières chez un de leurs amis. Nous avons depuis co-créé une bière, la Naïve New Beer, qu’ils viennent régulièrement m’aider à brasser. Elle est notamment diffusée lors de leurs concerts, sur leur e-shop et sera bientôt disponible à la pression. Par ce biais, j’ai recommencé à mixer, dans des bars où ils se produisaient. A cette occasion, j’ai diffusé des titres de mon ancien groupe et, devant le succès rencontré, j’ai décidé de le relancer en parallèle, avec un copain et sous un nouveau nom » poursuit Alexandre.

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« On ne sait jamais ce qui va se passer demain, qui va vous appeler, ce que l’on va vous proposer »

Quand on lui demande de se projeter à cinq, dix ou vingt ans, Alexandre éclate de rire : « Je ne sais déjà pas ce que je ferai dans six mois, alors… Si en janvier dernier, époque où je vendais dans une centaine de magasins, on m’avait dit que nous serions dans 800 boutiques au mois de juin, je ne l’aurais pas cru. On ne sait jamais ce qui va se passer demain, qui va vous appeler, ce que l’on va vous proposer… Certaines choses marchent bien, d’autres moins, il faut l’accepter, s’adapter en permanence et ne pas voir comme un échec ce qui ne fonctionne pas ». Le plus difficile actuellement, pour lui, est de garantir une sécurité financière à sa famille. Il vient d’embaucher son épouse et de se verser un premier (et très modeste) salaire, après quatre ans sans rien retirer financièrement de son activité. Cet aspect-là, que vivent tous les créateurs d’entreprise, reste le plus délicat à gérer.

« Dans mon ancienne vie, je ne savais pas de quoi j’étais capable »

Alexandre_Bournonville_Disktriktbeer (1)Pour autant, Alexandre ne regrette rien car cette aventure l’a littéralement révélé à lui-même. « Je réalise maintenant à quel point, dans mon ancienne vie, je ne savais pas de quoi j’étais capable. J’avais envie de plein de choses, mais je ne savais pas comment y arriver, à quelles portes frapper. Le champ des possibles était restreint, voire fermé, et j’étais assez sombre quand je pensais à l’avenir, même si j’avais le confort et la sécurité. Aujourd’hui mon regard, mon approche de la vie ont changé : si demain la bière, ça ne marche plus, je ferai autre chose ! J’ai une foule d’idées, et le formidable réseau que je me suis constitué me tend chaque jour des perches que j’ai envie de saisir et que je laisse passer, faute de temps. Etre entrepreneur, pour moi, c’est avoir envie d’instiller de l’innovation dans le quotidien, c’est lutter contre la sinistrose, c’est être optimiste ! Pour toutes ces raisons, je donne un seul conseil à ceux qui caressent l’idée de se lancer : sortez de votre zone de confort, c’est ainsi que vous vous découvrirez. Quand j’étais encore salarié et que je cherchais à changer de vie, ma motivation consistait seulement à quitter l’entreprise. Je sais aujourd’hui que cela ne suffit pas, il faut aussi et surtout avoir un projet précis, auquel on croit. Initiez-le, développez-le à votre idée, et s’il décolle, vous vous envolerez avec lui ! ».

– Texte © Corinne Martin-Rozès / Photos © Alexandre Bournonville –
– Texte et photos ne sont pas libres de droit –

 

Pour en savoir plus sur Alexandre Bournonville et Distriktbeer

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Catégories :Parcours atypique, Reconversion, Uncategorized

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