Volkan, apiculteur : « Réussir sa reconversion, c’est aussi savoir capitaliser sur ses échecs »

CREDIT SOPHIE ROBICHON

Volkan Tanaci © Sophie Robichon

Derrière son bureau de banquier, Volkan Tanaci rêvait de nature. Devenu apiculteur presque par hasard, il savoure aujourd’hui sa nouvelle vie, au milieu des ruches, sur les toits de Paris. Avec la satisfaction de faire enfin quelque chose de concret, en phase avec ses aspirations, et des projets plein la tête.

 

Volkan Tanaci vient tout juste d’avoir quarante ans et il va plutôt bien, merci. Le blues du quadra, très peu pour lui ! Peut-être parce qu’il est enfin en accord avec lui-même, qu’il soit en train de s’occuper de ses ruches, de promouvoir son miel ou de faire découvrir l’apiculture à des citadins émerveillés. « Dans mon ancienne vie professionnelle, je cherchais toujours un bureau près de la fenêtre, j’avais besoin de voir dehors. C’est un indice que je n’ai pas su interpréter à l’époque mais que je décrypte aujourd’hui » raconte ce passionné de nature, adepte de la randonnée, qui arpente dès qu’il le peut le chemin de Compostelle. Et dire qu’il a passé près d’une décennie dans une banque ! Retour sur un itinéraire atypique où le hasard a bien fait les choses.

 

 « Mon CDI est tombé à l’eau… et finalement ce fut un mal pour un bien »

Elève tranquille et rêveur, Volkan avoue n’avoir jamais été passionné par la chose scolaire. « J’aimais rire et passer du temps avec mes copains, c’était ça l’important. Le reste, ce qu’on apprend à l’école, se révèle finalement peu important pour notre future vie, il faut repartir de zéro quand on arrive dans le monde professionnel, je le pressentais déjà et j’en ai eu confirmation » commente-t-il. En Turquie où il a grandi, il suit des études d’économie et de français à l’université. « Immédiatement après, j’ai été recruté par une banque pour gérer les portefeuilles de seniors fortunés. Cela ne me plaisait pas, cela ne m’a jamais plu, mais mon père était très fier et la pression familiale assez forte. J’y suis resté quatre ans » se souvient Volkan, qui rencontre entre-temps son épouse, française, et n’hésite pas à la suivre lorsqu’elle lui propose de vivre à Paris.  Il rentre alors dans un grand groupe bancaire français, dans un service qui va subir de plein fouet la crise des subprimes en 2008. Le CDI qui lui avait été promis après son CDD tombe à l’eau… et finalement Volkan se dit que c’est un mal pour un bien. « Je suis resté moins de six mois au chômage, à chercher une nouvelle voie, un travail en rapport avec la nature. Et puis un jour, un ami apiculteur qui était en stage en Seine-et-Marne m’a dit que son patron avait besoin de quelqu’un pour compléter l’équipe. J’ai postulé et j’ai été pris, malgré mon absence totale d’expérience… » raconte-t-il.

 

«  Quel bonheur d’ouvrir une ruche, de sentir ce parfum extraordinaire »

Il faut dire que Volkan a de la chance, car l’apiculteur qui le recrute, François Hamette, est un passeur de savoir, un professionnel amoureux de son métier. « Il a été formidable de me faire confiance, de m’embaucher alors que je ne savais rien de l’apiculture… Pire, je peux le dire maintenant, j’avais une peur panique des insectes volants et le moindre bourdonnement m’effrayait.  Cependant je savais, tout au fond de moi, que je voulais travailler dans la nature et le métier d’apiculteur me plaisait tant lui-même que pour ce qu’il apporte, car il est utile. Dès le deuxième jour, mon patron m’a fait sauter dans le grand bain : je m’attendais à avoir une formation (comme c’est le cas en entreprise), au lieu de quoi il m’a directement emmené à ouvrir une ruche ! Quand on sait qu’il y a quarante à cinquante mille abeilles dans une ruche, vous imaginez mon affolement même avec une combinaison de protection » relate-t-il. Petit à petit, l’apprenti apiculteur s’habitue, gagne en autonomie et commence à prendre du plaisir, beaucoup de plaisir. « Quel bonheur d’ouvrir une ruche, de sentir ce parfum extraordinaire où se mêlent miel, propolis, pollen et bois naturel… pouvoir respirer cela est une chance fabuleuse ! C’est comme un virus, et il n’y a pas de traitement, une fois que vous y avez goûté, vous ne voulez plus faire autre chose. J’y étais au départ pour six mois et je suis finalement resté six ans. Nous étions trois pour nous occuper de huit cents ruches sur un rayon de 25 km. J’ai appris à soigner les abeilles, à récolter le miel et à le commercialiser, bref le métier de A à Z » ajoute Volkan. A la maison, heureusement, son épouse le soutient dans son nouveau projet de vie. « Dans le cadre d’une reconversion, il est préférable d’avoir l’appui de son conjoint ! Ma femme est mon premier public, elle a eu confiance en moi et a patiemment écouté tout ce que j’avais à lui raconter chaque soir… Elle a aussi eu l’intelligence de me laisser aller vers un métier qui me rendrait heureux, pour mon bien mais aussi celui de notre couple et de notre petite famille. Du côté de mes parents, si ma mère m’a toujours soutenu, mon père s’est dans un premier temps désolé de ma perte de statut, me disant qu’apiculteur, ce n’était pas un métier dont je pourrai décemment vivre. Aujourd’hui, cependant, il est fier de moi » précise-t-il.

CREDIT DEVRIM ALPOGE

Volkan Tanaci © Devrim Alpoge

 

« Je savais qu’il existait des apiculteurs urbains : je me suis dit, pourquoi pas moi ? »

Car Volkan ne s’est pas arrêté là. « Au bout de six ans, à raison de trois heures de transport par jour, j’ai eu envie de changer de rythme et d’horizon. Depuis que je suis en France j’habite Paris, une ville que j’adore, et je savais qu’il y avait déjà quelques apiculteurs urbains : je me suis dit, pourquoi pas moi ? » indique-t-il. L’idée de Citybzz commence alors à germer dans son esprit. Pour démarrer, il devient apiculteur référent de l’UNAF (Union Nationale Apiculture Française) en charge des ruches de l’hôpital universitaire Robert Debré dans le 19ème arrondissement. En parallèle lui vient l’idée de développer autour de l’apiculture des prestations pour les entreprises. Le jour de l’inauguration des ruches, sur le toit de l’hôpital, il croise la route du directeur d’un grand magasin de jardinage, lui-même à la recherche d’un apiculteur. Quelques mois plus tard, il installe ses trois premières ruches « en propre » sur le toit dudit magasin, en Seine Saint-Denis. Pour formaliser toutes ses prestations et peaufiner son projet de création d’entreprise, Volkan rejoint alors une couveuse BGE PaRIF, avant de fonder officiellement CityBzz en avril 2017. « Pendant que j’étais en couveuse, j’ai participé au premier concours Métropole du Grand Paris en décembre 2016, et j’ai gagné une médaille d’or ! L’année suivante, j’ai remporté une médaille d’argent dans la catégorie « polyfloral » au concours international Apimondia, qui constitue un peu les Olympiades des apiculteurs. Enfin, mon miel a été l’un des premiers à obtenir en 2017  le nouveau label  « fabriqué à Paris «  » se félicite-t-il. Et il a de quoi être fier, non ?

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« Aujourd’hui, j’ai trois métiers en un »

Aujourd’hui, Volkan possède une quarantaine de ruches, situées pour moitié sur des toits (d’entreprises, notamment) et des terrains d’associations. Impossible donc de vivre uniquement de la vente de son miel : pour cela, il faudrait deux cent cinquante à trois cents ruches. « J’ai en fait trois métiers en un. Le premier s’adresse aux entreprises : j’installe des ruches sur leurs toits, je m’occupe de leur production de miel que je conditionne dans des pots personnalisés à leurs couleurs, mais je propose aussi des animations pour leurs salariés autour de la ruche (sensibilisation, teambuilding, etc). Le deuxième s’adresse à tous les publics, puisqu’il s’agit de monter des événements sur l’apiculture urbaine, pendant lesquels je montre comment travaille un apiculteur (ouverture de la ruche, présentation des outils, dégustation du miel). Enfin, bien sûr, je commercialise mon miel en direct, notamment à la Recyclerie, une des fermes urbaines de Paris située dans le 18ème arrondissement, et depuis peu aussi chez le célèbre boulanger Dominique Saibron, rue d’Alésia et au printemps 2018 dans plusieurs épiceries fines . Il faut savoir que la flore de Paris (jardin, balcons et terrasses) est très riche et donne un miel assez exceptionnel : dans le mien, on ne trouve pas moins de quatorze fleurs ! Il est en outre très pur car l’abeille citadine est à l’abri des pesticides. Enfin, je travaille à l’ancienne,  je fais tout à la main et je ne chauffe jamais le miel. Je prends ce que produisent les abeilles et je le mets en pots, sans aucun traitement ni produit chimique. Et les gens me disent qu’ils n’ont jamais goûté un miel aussi bon » raconte Volkan.

ANIMATION

 

« Même en cas d’échec, rien n’est jamais perdu, toute expérience nous enrichit »

Ce qu’il aime dans son métier ? Etre présent à toutes les étapes de la vie du produit, du CITYBZZ AVEC SA POCHETTEsoin aux ruches jusqu’au sourire de la personne qui achète le miel. Ses projets ? Développer encore son entreprise, faire connaître son miel à l’étranger, mais aussi contribuer au développement de l’apiculture urbaine dans d’autres grandes villes de France, apporter son concours à ceux qui voudraient se lancer, former de nouveaux professionnels et, pourquoi pas, créer un réseau d’apiculteurs urbains ! Autour de lui, son aventure fait réfléchir, voire inspire, les gens qu’il croise. « Si je peux allumer une petite lumière dans leur tête, leur donner le courage de changer de métier pour ceux qui le souhaitent, ça me fait plaisir. Ce que je veux leur dire, c’est que même en cas d’échec, rien n’est jamais perdu, toute expérience nous enrichit. Le succès est souvent le résultat d’un cumul d’expériences plus ou moins abouties ! Et si on n’ose pas se lancer, on ne saura jamais si ça aurait marché ou pas, et on risque de finir sa vie avec des regrets » confie-t-il avant de conclure « Réussir sa vie, c’est faire ce que l’on a envie de faire. Et si c’est peu rémunérateur, il faut tout simplement apprendre à vivre avec moins, en revoyant ses priorités ».

 

– Texte © Corinne Martin-Rozès / Photos © CityBzz  – Sophie Robichon – Devrim Alpoge
– Texte et photos ne sont pas libres de droit –

 

Pour en savoir plus sur Volkan TANACI, RV sur le site de CityBzz , sur  page Facebook de l’entreprise et sur Instagram.
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Catégories :Création d'entreprise, Reconversion

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Rétroliens

  1. « Réussir sa reconversion, c’est aussi savoir capitaliser sur ses échecs » – Les Nouveaux Audacieux - LE RECRUTEUR

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