Marjorie Llombart, coach : « La chasse aux ‘’croyances limitantes’’ permet de prendre sa vie en main et d’en devenir l’acteur »

Pour la deuxième fois, le blog reçoit Marjorie Llombart, experte auprès des femmes à la recherche du métier qui les fait vibrer. Souvent confrontée à des cas où les propres croyances des personnes se révèlent des freins majeurs au changement, la coach a accepté d’évoquer ce sujet pour Les Nouveaux Audacieux.  Entretien autour de ces pensées négatives qui peuvent arbitrer la réussite ou l’échec d’une reconversion.

 

Marjorie LlombartQu’appelez-vous une « croyance limitante » ?

Pour commencer, j’aime à citer une pensée du Dalaï Lama : « Sème une pensée, tu récolteras un acte ; sème un acte, tu récolteras une habitude ; sème une habitude, tu récolteras un caractère ; sème un caractère, tu récolteras une destinée ». Autrement dit, pour changer les résultats de ses actions, il faut commencer par changer ses pensées, ses croyances.
Lorsqu’on traverse une période de transition (se reconvertir, s’installer à son compte ou reprendre des études), de nombreux doutes peuvent surgir que l’on traduit par des formules du type :  « il va falloir travailler dur pour réussir », « je n’ai pas le droit à l’erreur », « je ne suis pas capable de réussir ce projet », « il est trop tard pour changer », « le monde est dangereux, je ne peux pas faire confiance », « je suis trop timide », etc. Ces pensées peuvent venir parasiter le quotidien, se répéter en boucle et finir par freiner l’action ou empêcher la réussite du projet. Ces doutes, matérialisés par ces phrases types, non fondées, ont pourtant une importance capitale : ils appartiennent à la catégorie des croyances « limitantes ». Il y a quelques clés qui permettent de les repérer, les déconstruire et les remplacer par des croyances « aidantes ». Nous allons voir ça ensemble.

Pourquoi ces croyances « limitantes » sont-elles si puissantes ?

Les croyances s’installent inconsciemment dès l’enfance, héritées de nos parents, nos professeurs, notre éducation, véhiculées par notre culture et par les médias. Elles deviennent années après années un socle puissant de construction de nous-même, comme les pieds d’une table qui font que celle-ci se tient droite. Devenus adultes, nous continuons de les entretenir, toujours à notre insu, à moins de suivre un programme de développement personnel ou une thérapie.
Cependant, ces croyances ne constituent ni des faits ni des vérités, mais simplement des choses que l’on croit être vraies et qui vont finir par façonner notre vision du monde. Ainsi, pour reprendre la citation du Dalai Lama, elles conditionnent nos actions, nos habitudes et nos comportements, déterminant ainsi en grande partie ce que nous obtenons de la vie. Certaines sont bénéfiques pour nous et pour la société. Mais certaines autres sont en revanche limitatives, voire destructrices, et empêchent d’évoluer ou de s’adapter.
La première étape, si vous voulez changer quelque chose, c’est donc de changer vos croyances. Par exemple, une des mes clientes, Géraldine, a pris un jour conscience qu’elle entretenait la croyance suivante : « le travail ne peut pas être amusant ». De fait, elle s’était installée depuis quelques années dans un poste où elle s’ennuyait ferme. En changeant sa croyance, devenue selon ses propres mots « le travail n’est qu’un vaste terrain de jeu », elle a enfin pu se mettre en action et envisager un autre futur professionnel, beaucoup plus en adéquation avec son identité profonde.

Quelles sont les grandes familles de « croyances limitantes » ?

Une croyance limitante ne donne pas le choix, elle contraint, elle bloque. Par exemple « je ne suis pas capable de réussir mon projet » ou « je suis une femme donc c’est normal que je gagne moins que mon mari ».  La PNL (programmation neuro-linguistique) distingue trois grandes catégories, les plus courantes étant relatives au désespoir, à l’impuissance et à la dévalorisation.

-Le désespoir : lorsqu’on croit qu’il n’est pas possible d’atteindre un objectif particulier. Par exemple « Quoi que je fasse, je ne pourrai pas créer mon entreprise. Ce n’est pas sous mon contrôle. »

-L’impuissance : lorsque la personne pense qu’il est possible d’atteindre un objectif précis mais qu’elle n’en est pas capable. Comme par exemple « Je ne suis pas capable de réussir ma reconversion professionnelle »

-La dévalorisation : lorsqu’on croit que même si l’objectif est atteignable et qu’on en a les capacités, on ne le mérite pas. Cela peut être « Je suis un imposteur » ou « Je ne suis pas à ma place » 

Ces croyances peuvent vraiment détruire la vie quotidienne, comme un virus informatique  détruit le disque dur. Minée par ces pensées, la personne se heurte à un mur infranchissable dans son processus de transition. Elle finira même par être convaincue du bien-fondé de sa croyance : « Tu as bien vu, j’ai tout essayé et rien n’a marché ».
La bonne nouvelle, c’est que l’on peut changer ces croyances ! Je vais proposer un peu plus loin des choses simples que l’on peut tester seul, en auto-coaching. Si ce n’est pas suffisant, je conseille le recours à un professionnel formé au sujet des croyances.

Comment reconnaître à coup sûr une croyance limitante ?

La difficulté est que les croyances les plus ancrées en nous sont souvent inconscientes, donc difficiles à identifier.
Le premier conseil que je donnerais est d’adopter une attitude consciente du moment présent et de ce qui se passe en nous. A la fois au niveau du corps, des émotions et des pensées. La méditation, la sophrologie ou le yoga peuvent aider. S’observer soi-même demande un apprentissage mais permet de débusquer ses croyances. Parmi les symptômes à prendre en compte : avoir le sentiment d’être limité dans vos choix ou de ne pas avoir le contrôle de votre vie, enchaîner les déceptions, etc.
Le deuxième conseil est d’observer les résultats de vos actions ou de vos comportements. S’ils sont insatisfaisants et ce, de manière répétée, il y a certainement une fausse croyance derrière. Pour mettre le doigt dessus, essayez d’écouter votre discours interne. Entendez-vous cette petite voix qui répète souvent le même discours ? « Ca ne marchera jamais » « Je ne suis pas légitime sur ce sujet » etc

Trois exercices pour vous amener à les détecter :

-Quelle situation vous bloque, à quels défis vous heurtez-vous le plus souvent ?
-Quelles sont les généralités que vous répétez régulièrement ? Vous les trouverez dans des phrases que vous répétez qui contiennent des mots comme : toujours, jamais, personne, tous, etc.
-Complétez les phrases suivantes avec vos propres réponses : « Je suis… » « La vie est… » « Mon travail est… » « Je ne peux pas réussir parce que…. »

A quoi servent ces croyances limitantes ?

Aussi incroyable que cela puisse paraître, elles ont une fonction positive ! Selon les cas, il pourra s’agir de remplir un besoin de protection, de sécurité, de maintien de l’estime de soi ou de ressenti d’une puissance personnelle. Elles sont aussi auto-entretenues, comme celle de Nadia qui ne savait pas comment s’installer à son compte pour devenir consultante : pendant longtemps elle a trouvé plus facile de penser « Je suis incapable de devenir auto-entrepreneure ». Cela la maintenait dans la sécurité, la non-action étant plus rassurante que l’échec potentiel.

Comment les déconstruire ?

Pour pouvoir agir sur une croyance, il faut l’avoir identifiée et nommée précisément avec vos propres mots. Ensuite, vous pourrez la mettre à l’épreuve de la réalité. Les « trois passoires de Socrate » s’avèrent très utiles ici :

-Votre croyance repose-t-elle sur une vérité ? Sur quel fondement vous basez-vous pour cette affirmation ? Quelle est la preuve en avez-vous ? Est-ce que tout le monde pense cela ?
-Est-elle bénéfique ? Est-ce que cette croyance vous apporte des satisfactions, des résultats positifs ou des émotions agréables (joie, bonheur, confiance, paix) ?
-Est-elle utile ? Est-ce que cette croyance vous aide à atteindre vos objectifs ?

Si vous avez répondu oui aux trois questions, conservez votre croyance. Sinon, vous pouvez commencer à envisager d’en changer pour une autre plus utile !

Comment remplacer une croyance limitante par une croyance aidante ?

Les recherches scientifiques récentes ont montré que le cerveau est « plastique », ce qui veut dire que l’on peut changer une information qui était enregistrée dessus. Un nouveau circuit va alors s’établir entre les neurones, ce qui va correspondre à la nouvelle croyance. On a vu qu’une croyance limitante nous bloque dans un schéma de pensée qui nous paraît naturel et logique alors qu’il existe d’autres manières d’envisager les choses. Vous pouvez donc commencer par changer le regard que vous portez sur la croyance, en l’envisageant sous un autre angle. Pour transformer votre croyance et la remplacer, vous pouvez faire appel à plusieurs solutions.

Voici un modèle que je vous propose en 5 étapes :
1.       identifier la croyance et reconnaître l’intention positive qu’il y a derrière
2.       identifier sur quel postulat (erroné) repose cette croyance
3.       élargir votre vision et être conscient(e) de ses causes et de ses effets
4.       obtenir des informations sur le « comment » et trouver d’autres manières de satisfaire l’intention positive de la croyance
5.       reformuler la nouvelle croyance sous la forme affirmative et positive

Reprenons le cas de Géraldine. Sa croyance limitante était : « Le travail ne peut pas être amusant »
1.       intention positive : fidélité à l’héritage familial et sociétal sur la représentation du travail
2.       postulat (erroné) sur lequel repose cette croyance : personne n’a un travail amusant
3.       élargir sa vision : en cherchant bien, je connais des personnes qui s’amusent dans leur travail. En plus, maintenir cette croyance me pèse lourdement au quotidien : je m’ennuie et commence à déprimer.
4.       obtenir des informations sur le « comment » et trouver d’autres manières de satisfaire l’intention positive de la croyance : je peux me faire accompagner pour réfléchir à d’autre manières d’envisager le travail et comment identifier une activité qui me permettra d’exprimer mon originalité et ma créativité
5.       nouvelle formulation : « Le travail n’est qu’un vaste terrain de jeu »

Et après ?

Transformer une croyance limitante en une croyance aidante permet une formidable libération d’énergie. Fini le rôle de spectateur ou de victime, on prend sa vie en main et on devient acteur. C’est comme si une nouvelle fenêtre s’ouvrait, ouvrant de nombreux choix et opportunités insoupçonnés jusqu’alors. Les résultats obtenus sont de l’ordre d’une confiance dans le futur, une conscience nouvelle de ses capacités et de sa valeur personnelle.
Ce changement de référentiel s’accompagne d’un sentiment puissant de liberté, mais aussi de responsabilité. C’est vous à présent qui allez choisir quel sens vous donnez à vos croyances et donc, à vos actions qui elles, vont engendrer des résultats dans votre quotidien. Ce pouvoir peut changer considérablement votre vie. Vertigineux, n’est-ce pas ?

– Propos recueillis par Corinne Martin-Rozès –

 Retrouvez Marjorie Llombart sur son blog www.dessinemoiunecarriere.com, sur sa page Facebook et sur son Twitter.

Marjorie est membre du réseau Cap Cohérence, dédié à la reconversion professionnelle.



Catégories :Paroles de coach

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