Laure, créatrice d’une startup : « Dans une reconversion, il faut avant tout savoir bien s’entourer »

Laure Courty a étudié les langues en fac et travaillé dix ans dans l’édition avant de monter, à 34 ans, une startup baptisée jestocke.com, qui propose des prestations de garde-meuble entre particuliers. Itinéraire d’une jeune femme qui ne s’embarrasse pas de clichés et ne s’arrêtera sûrement pas là.

Laure Courty

Installée à Bordeaux depuis trois ans, Laure Courty n’a pas seulement quitté la vie parisienne, elle a aussi changé totalement de voie professionnelle. Bye-bye le monde de l’édition, la jeune femme de 37 ans a monté jestocke.com, une startup aujourd’hui en pleine expansion qui emploie déjà une dizaine de personnes. Le projet suscite l’intérêt et la société a levé 350 000€ en janvier 2015, une somme qui va lui permettre de construire la suite. « Cela semble simple, mais ça n’a pas été facile tous les jours ! Je vis aujourd’hui la période la plus excitante et la plus riche de ma vie professionnelle. Chaque matin apporte son lot de défis. Quand on aime le challenge, c’est une voie en or. Après, tout est possible ! Dans dix ou vingt ans, j’espère vivement avoir les moyens financiers de soutenir de jeunes entrepreneurs et les projets associatifs ou culturels qui m’intéressent » indique-t-elle. Alors, comment est-elle passée des livres au garde-meuble ? Reprenons l’histoire au début.

« A l’époque, je n’envisageais pas de quitter le monde du livre »

Elève très sage jusqu’au lycée, Laure commence vers quinze ans à avoir la bougeotte : si les bons résultats sont toujours au rendez-vous, elle se fait remarquer pour son indiscipline et un fort besoin de se dépenser. Passionnée par les sports de montagne, elle pratique l’escalade, le ski et la randonnée en France, en Suisse et même aux Etats-Unis. Après son bac, elle opte pour des études universitaires de langues (LEA) et s’expatrie un temps à l’étranger, de l’Espagne au Mexique en passant par l’Angleterre. Après sa maîtrise, elle doit intégrer un DESS de journalisme bilingue à La Sorbonne mais décide finalement de rester du côté de Marseille, où elle a passé tout l’été à pratiquer l’escalade. Lorsqu’elle regagne Paris, elle décroche un stage dans une maison d’édition. « Je n’ai plus quitté ce secteur pendant plus d’une dizaine d’années, travaillant dans de petites structures comme chez des grands éditeurs, dans des domaines aussi variés que l’édition touristique, médicale, géopolitique… Je n’envisageais pas de quitter le monde du livre, j’étais passionnée, je montais en compétences et j’avais un poste à responsabilité » se souvient-elle. Un jour, son mari se voit proposer un job à Bordeaux : Laure a alors 33 ans, elle vient d’avoir son premier enfant et l’idée de quitter la vie parisienne la séduit. La petite famille déménage donc et la jeune maman, rapidement séduite par la vie bordelaise, décide de continuer son activité en freelance pour des éditeurs parisiens. « Sur le papier, c’était parfait. Mais dans la réalité, j’ai très mal supporté le fait de me retrouver seule avec mes dossiers. Les projets sur lesquels j’étais missionnée étaient motivants mais le travail en équipe me manquait cruellement » ajoute-t-elle.

« Nous nous sommes groupés avec sept autres startups pour nous installer ensemble : c’est un plus énorme  »

C’est alors qu’une petite idée que Laure avait en tête depuis longtemps s’est mise à grossir, jusqu’à devenir un véritable projet. « En arrivant à Bordeaux, j’avais eu besoin d’un garde-meuble et je n’avais pas trouvé de solutions adaptées sur internet. Or ce n’était pas la première fois que je me retrouvais face à ce problème. A l’époque, quelques plateformes de mise en relation jestocke.comentre particuliers faisaient déjà parler d’elles et j’étais certaine que ce modèle de consommation allait progressivement s’imposer » explique-t-elle. Pourtant enceinte d’un petit second et en plein chantier dans sa nouvelle maison, Laure décide de mettre à profit le temps de son congé maternité pour lancer, à 34 ans, sa propre plateforme baptisée jestocke.com, dédiée à la location de garde-meuble entre particuliers. Forte d’une première vie professionnelle riche, elle connaît ses points forts comme ses lacunes : sa première préoccupation est donc de s’entourer de personnes compétentes. Elle se tourne vers le réseau Entreprendre, la Technopole Bordeaux Unitec et l’Auberge Numérique, un incubateur de talents au sein duquel elle rencontre d’autres jeunes entrepreneurs qui travaillent sur des projets assez proches du sien. « C’est la clé de la réussite ! Nous avons pris des locaux ensemble, soit huit startups bordelaises, ce qui fait soixante-dix personnes. Nous échangeons quotidiennement sur les problématiques qui sont les nôtres : recrutement et management, développement technique, choix des prestataires, levée de fonds, etc » commente Laure, ravie d’avoir réintégré une ruche où l’on peut partager ses expériences et ses interrogations. Autour d’elle, ses proches la soutiennent : tous croient fermement au projet et la sentent capable de relever le défi, une marque de confiance qui dynamise la jeune femme. « La réaction la plus drôle est celle de mon fils de cinq ans, qui m’a dit récemment : tu sais Maman, jestocke.com, c’est pas un métier… Et la plus atterrante restera celle d’un investisseur potentiel : il m’a demandé comment je comptais faire pour diriger une entreprise avec de jeunes enfants, à quoi j’ai répondu en lui demandant comment il avait fait pour gérer sa propre carrière et s’occuper de ses enfants. Il a quitté le tour de table et tant mieux, car nous n’étions pas sur la même longueur d’ondes ».

« J’ai fait des erreurs, j’en fais encore… En revanche je veille à ne pas faire deux fois les mêmes »

jestocke.comAujourd’hui, Laure est une trentenaire épanouie. Quand elle repense au montage de son projet, elle formule quelques conseils avisés. « Il faut avant tout savoir bien s’entourer, construire une équipe solide et se constituer un très bon réseau pour gagner du temps. J’ai fait des erreurs, j’en fais encore. En revanche je veille à ne pas faire deux fois les mêmes ! Par ailleurs, n’oubliez pas de ménager du temps pour ce qui permet de préserver un équilibre (la vie familiale, le sport, les sorties…). C’est difficile, très difficile voire impossible à certaines périodes… Heureusement, vos proches (pour moi, ce furent mes enfants) sont toujours là pour vous envoyer des signaux quand vous dépassez les limites. Je crois enfin qu’il faut y croire mais surtout savoir pourquoi on le fait et ne jamais perdre de vue son objectif » conclut-elle.

– Texte Corinne Martin-Rozès / Photos © Laure Courty/jestocke.com –
– Texte et photos ne sont pas libres de droit –

Retrouvez Laure Courty sur son site, www.jestocke.com
Mais aussi le réseau Entreprendre, la Technopole Bordeaux Unitec et l’Auberge Numérique



Catégories :Parcours atypique

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2 réponses

  1. Article très sympa. J’aime beaucoup le concept de son entreprise et je ne suis pas surprise par son succès. Un beau projet qu’elle a su monter elle-même. Bravo à Laure pour ce joli chemin parcouru !

  2. Elle a eu une très bonne idée ! j’y avais pensé en allant au Japon.
    Elle a raison aussi sur son idée d’être entouré, et je la rejoins totalement dans l’idée, car des oiseaux de mauvaise augure qui tenteront de nous démotiver de part leur scepticisme, il y en a beaucoup !
    Elle a bien réussi sa reconversion, je lui tire donc mon chapeau.

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