Etudes de gestion, cursus d’expertise-comptable, première carrière dans la finance… alors que tout lui sourit, Sophie Burgarella prend tout le monde de court lorsqu’elle décide, à l’approche de la quarantaine, de changer radicalement de cap. Aujourd’hui à la tête d’« Alphonse & Madeleine », une jeune entreprise qui livre notamment des petits déjeuners et brunch bio, elle revient sur ce choix de vie et sur son parcours.
Lyonnaise de cœur, c’est pourtant à Paris que Sophie Burgarella a créé sa petite entreprise, « Alphonse et Madeleine ». Gourmande et amoureuse de la vie, la jeune femme a baptisé son concept en hommage à ses grands-parents, qui l’ont profondément inspirée. « A travers les petits-déjeuners et brunchs bio que je livre à domicile, je propose aussi un retour à l’essentiel, au partage et à la convivialité. Parce que l’on peut manger de façon saine et équilibrée tout en se faisant plaisir, parce qu’il est si bon de commencer sa journée autour d’un repas qui combine produits de qualité et bonheur d’être ensemble, sans sortir de chez soi » explique-t-elle.
« Dans l’hôtel où je travaillais, je ne perdais pas une occasion d’aller rencontrer les opérationnels, sur le terrain, pour comprendre leur métier »
Après des études supérieures en comptabilité et gestion des entreprises, Sophie fait ses classes à Lyon sa ville natale, dans le monde de l’hôtellerie haut de gamme. « J’ai adoré ça ! Même si j’étais dans les bureaux, sur une fonction support, je ne perdais pas une occasion d’aller rencontrer les opérationnels, sur le terrain, pour comprendre leur métier. Cela me semblait indispensable pour savoir ce qu’il y avait derrière les chiffres ! Je me mettais dans un petit coin de la cuisine, pendant le service, et j’observais… » se souvient-elle. Mue par une envie d’ailleurs, elle fait un jour sa valise pour Londres, se donnant trois mois pour dénicher un job qu’elle trouve finalement en trois semaines, dans une SSII, en tant que « Junior Accountant ». Son anglais est hésitant, qu’à cela ne tienne, elle s’accroche et passe un an dans la capitale britannique. Ravie de ce séjour, mais un peu en manque de ses proches, elle revient en France et, au culot, dépose son CV à l’accueil d’un hôtel qui fait alors le buzz… et se voit embauchée. « C’est ainsi qu’a débuté mon histoire passionnelle avec la famille Costes. J’ai vu grandir la dynastie, j’ai rencontré des hommes et des femmes formidables, déterminés à conquérir Paris. Je suis aujourd’hui très admirative de leur réussite » ajoute Sophie. Parce qu’elle souhaite évoluer mais qu’il lui manque encore des bagages, la jeune femme reprend alors des études et consacre une année à obtenir le diplôme d’expert-comptable.
« La vie nous joue parfois de mauvais tours et nous amène à nous recentrer sur l’essentiel »
Sophie quitte alors sa « famille » de travail pour se lancer dans une nouvelle aventure. Pendant cinq ans, elle travaille dans les services financiers de grandes maisons, ne compte pas ses heures et oublie un peu de vivre à côté. Outre quelques escapades en Asie pour ses vacances, le seul loisir qu’elle s’accorde dans cette vie trépidante, ce sont des cours du soir de cuisine traditionnelle française, proposés par la mairie de Paris, avec un chef enthousiaste et généreux qui lui communique sa passion du métier. « Je ne me rendais pas compte du rythme de fou que je m’imposais, je n’y réfléchissais même pas… jusqu’au décès brutal de mon mentor, lui-même directeur financier. Cela m’a fait l’effet d’un électrochoc ! La vie nous joue parfois de mauvais tours et nous amène à nous recentrer sur l’essentiel » indique-t-elle. Sophie refait ses malles et s’en va alors pour trois mois au bout du monde, en Nouvelle-Zélande : road-trip en camping-car, woofing* dans des fermes bio, elle travaille la terre, récolte du raisin, cultive un potager, réapprend à regarder le ciel, dort à la belle étoile, fait de belles rencontres et respire à nouveau. A son retour sur Paris, elle enchaîne sur une mission intéressante à l’issue de laquelle on lui propose un CDI. « J’étais très honorée de la confiance qu’on me faisait. Mais voilà, je n’en avais pas envie. Je voulais tenter autre chose en rapport avec la cuisine et l’art de vivre, et « Alphonse & Madeleine » s’est imposé à moi, comme une évidence. Mon entourage a été plus que surpris : comment, je refusais ce super boulot, dans cette si belle boite !? Il a fallu que j’explique mon choix et que j’argumente, mais à partir de là j’ai été très soutenue, ce qui est une vraie chance. Et je le suis encore aujourd’hui ».
« Réduire son train de vie permet aussi de revenir à l’essentiel et de se poser les bonnes questions sur sa façon de consommer »
En février 2015, Sophie crée officiellement sa société. Avant de se lancer, elle a fait le choix d’intégrer une « couveuse d’entreprises » GEAI (Groupement d’Entrepreneurs Accompagnés Individuellement). « Cela m’a permis d’être accompagnée sur la partie marketing-commercial, une casquette que je n’avais pas. J’ai pu suivre des formations et rencontrer d’autres entrepreneurs. Ce type d’accompagnement permet d’éviter l’isolement et de se redynamiser quand on a un coup de mou… » précise-t-elle. Depuis plus d’un an maintenant, l’activité est lancée : Sophie part chaque matin, à bicyclette ou en véhicule électrique, à l’assaut des rues de la capitale pour livrer des petits déjeuners et brunchs bio. « C’est une nouvelle vie et je suis heureuse de respirer cet air, c’est très excitant, les rencontres sont nombreuses et j’ai parfois l’impression d’avoir un millier d’idées à la minute. Je me sens libre, mes journées ne se ressemblent pas. Le dénominateur commun, c’est le sourire de mes clients, leur satisfaction et leur regard plein de gourmandise : ça me galvanise ! » ajoute-t-elle. Bien sûr, elle confesse avoir parfois des petites baisses de régime, car si elle ne regrette pas son choix, elle a dû considérablement réduire son train de vie. « Il ne faut pas se mentir, j’ai perdu en confort financier, et ce sentiment de devoir surveiller toutes mes dépenses comme une étudiante n’est pas toujours très agréable. En même temps, c’est aussi une façon de revenir à l’essentiel et de se poser les bonnes questions sur sa façon de consommer : en cela, ça me fait aussi changer, dans le bon sens. Alors, à ceux qui ont envie de changer de vie et se posent encore des questions, je veux dire les choses suivantes : puisez à l’intérieur de vous, soyez en accord avec vous-même, regardez autour de vous, aimez, souriez, calculez et lancez-vous ! ».
* De l’anglais woofing, d’après l’acronyme WWOOF (World Wide Opportunities on Organic Farms) : travail bénévole dans une ferme biologique
– Texte Corinne Martin-Rozès / Photos © Alphonse & Madeleine –
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Catégories :Création d'entreprise, Parcours atypique
Merci beaucoup pour ce témoignage très enrichissant