Elisabeth, prof d’allemand : « Passer le CAPES à 41 ans : après tout, pourquoi pas ? »

Après une première vie professionnelle en tant que journaliste, Elisabeth a  été responsable de communication avant d’assurer pendant quelques années la bonne marche d’une association professionnelle. A 41 ans, cette Franco-autrichienne décide finalement de passer le CAPES pour mettre à profit son bilinguisme et son sens du contact avec les jeunes.

profd'allemand

Une enfance entre la Suisse et l’Autriche, un bac D (maths/SVT) à Vienne et un concours d’entrée réussi à  l’Ecole Polytechnique fédérale de Zurich : au démarrage, la voie scientifique semblait toute tracée pour Elisabeth. « Je voulais étudier les biotechnologies et je pensais que c’était l’endroit idéal… Hélas cela ne m’a pas plu du tout et, au bout de six mois, j’ai quitté l’école pour rejoindre l’université voisine, à la stupéfaction (et au désespoir) de mes parents ! » raconte-t-elle en souriant. Elle enchaîne sur une maîtrise de Gestion de l’Entreprise, puis décide de compléter sa formation par des études de journalisme. Direction Paris, où elle s’inscrit à l’Institut Français de Presse pour un cursus d’un an.

  « Sur internet, je tombe sur l’annonce du concours et je m’inscris, sans trop réfléchir »

Une fois diplômée, ses premiers contacts avec le monde de la presse se font sous la forme de deux stages non rémunérés à l’AFP, puis vient un premier remplacement qui, hélas, ne dure que le temps d’un CDD. Après avoir travaillé de nuit sur des revues de presse, elle décroche finalement un poste dans une revue professionnelle, auquel elle passe six ans. Mais Elisabeth ne s’y retrouve toujours pas pleinement, alors elle finit par démissionner et devient responsable des relations presse pour une entreprise industrielle. Mauvaise ambiance, salaire peu motivant, au bout d’un an elle tourne la page et, mises à part quelques piges pour un magazine de bricolage, s’octroie une courte pause à la naissance de son deuxième enfant. Après une brève incursion dans la production musicale aux côtés de son compositeur de mari, elle apprend qu’une association de musiciens professionnels cherche à recruter et se présente : elle y restera quatre ans, entre tâches administratives et relations avec les adhérents, organisation des concerts et actions de communication. « J’avais encore et toujours le sentiment de ne pas avoir trouvé ce qui me convenait. Un soir, désabusée, j’ai bêtement tapé sur Google la phrase suivante : ‘’que faire quand on parle français et allemand et que l’on sait écrire ?’’.  La réponse s’est affichée sur l’écran : professeur d’allemand. J’ai regardé ce qu’il fallait faire, ça m’a semblé possible, puis j’ai zoomé sur les dates du concours, il était encore temps de m’inscrire…alors je l’ai fait. Sans trop réfléchir. Après tout, pourquoi pas ? ».

 « J’ai passé des mois dans ma bulle, focalisée sur mon objectif »

Elisabeth commence alors à informer son entourage. « Béa, une amie très proche qui est prof de maths, m’a immédiatement confortée en me disant qu’elle me voyait très bien dans ce métier. Venant d’elle, cela a fortement renforcé mes convictions. » Sa belle-maman, plus terre à terre, lui fait remarquer que « comme ça elle aura les vacances scolaires », argument qui à l’époque n’avait pas pesé dans sa décision, même si aujourd’hui elle apprécie cet avantage. Ses parents continuent à ne pas comprendre ses choix, « depuis mon départ de Polytechnique, à ce niveau, rien n’a changé… ». Son psy, curieusement, a tendance à la freiner, allant jusqu’à lui conseiller de ne pas prendre cette voie. Quant à son mari, « il n’a rien dit de particulier mais je sentais son soutien. Les enfants et lui ont été formidables pendant ces mois de révision, ils ont géré toute la vie de la maison car j’étais en apnée dans mon aventure » ajoute-t-elle. De septembre à décembre, Elisabeth assure encore un mi-temps chez son employeur, tout en suivant les cours à la fac. A partir de janvier, elle négocie son départ et se lance à 100% dans la préparation du CAPES. « J’étais dans la chambre, dans ma bulle, personne ne me dérangeait. Pas de loisirs, pas de vacances, mes enfants me faisaient passer des petits mots adorables pour me donner du courage. Outre ma famille, mon autre rayon de soleil venait de mes amies : je les voyais peu mais, à chaque fois, c’était un vrai bol d’air ».

« Pas facile de supporter le ton de certains professeurs, qui parlent aux étudiants comme à des enfants »

Lorsqu’on lui demande comment elle a vécu le fait de se retrouver quadra sur les bancs de la fac, elle est formelle : « j’ai adoré ça ! Il y avait des jeunes, des trentenaires, bref un public diversifié, c’était profondément enrichissant. En revanche, pas facile de supporter le ton de certains professeurs, qui parlent aux étudiants comme à des enfants. Quand on a déjà une vie professionnelle derrière soi, on n’aborde pas les choses de la même façon et de nombreux enseignants avaient du mal à concevoir cela. Seul un vieux professeur, qui nous faisait passer des oraux blancs, m’a réellement aidée en m’expliquant ce que l’on attendait concrètement de moi. Je lui en suis extrêmement reconnaissante » raconte Elisabeth. A ce concours comme à tous les autres, les candidats ne se font pas de cadeaux, c’est chacun pour soi. « J’ai eu la chance de sympathiser avec une étudiante d’à peine trente ans. Nous avons préparé l’épreuve chacune de notre côté, mais en se voyant une fois par semaine. Ainsi, j’ai pu partager avec quelqu’un qui vivait exactement ce que je vivais. Nous nous encouragions mutuellement, échangions des explications si besoin. Je ne sais pas si j’aurais réussi sans ce soutien ». Encore peu sûre d’elle, pleine de doutes sur ses capacités, Elisabeth passe ses écrits en mars et les réussit. Elle enchaîne sur les oraux, qu’elle décroche avec succès l’été suivant.

« Je me suis sentie très isolée pendant mes premiers mois d’enseignement  »

Dès la rentrée suivante, Elisabeth est nommée professeure stagiaire dans un collège parisien réputé. « Le démarrage ne fut pas évident. J’étais inexpérimentée et ma tutrice, une enseignante pourtant chevronnée, m’angoissait plus qu’elle ne m’aidait. Heureusement, les élèves étaient vraiment sympas, ce sont eux qui m’ont donné l’énergie pour continuer ». En septembre suivant, elle rejoint l’équipe pédagogique d’un collège de la banlieue parisienne comme titulaire. « On se sent très isolé quand on débute, surtout lorsque l’on est seul à enseigner une matière dans un établissement. J’ai pas mal cherché à rentrer en contact avec d’autres profs d’allemand afin de demander des conseils, car j’étais assez désemparée face à certaines problématiques. C’est une inspectrice d’académie qui m’a aidée à dédramatiser, à être plus zen : elle m’a plus apporté en une heure d’entretien que ma tutrice en une année ! ». Aujourd’hui, Elisabeth se sent beaucoup plus à l’aise. Elle prend enfin du plaisir à enseigner et se bat même chaque année pour emmener ses élèves en Allemagne, même si ce type de démarche n’est hélas pas toujours soutenue par l’institution. « J’aime le contact avec les jeunes, j’ai une grande facilité à discuter avec eux, au collège ou avec mes enfants et leurs copains. C’est aussi pour ça que je voulais être prof ».

 « Aujourd’hui, je réapprends à faire des choses pour moi »

Quatre rentrées plus tard, comment se sent-elle  ? « J’ai eu des petits moments de découragement au début, envie de lâcher prise, mais mon amie Béa m’a soutenue et je ne regrette pas de m’être accrochée, car ce métier me plait vraiment. Peut-être d’ici quelques années aurai-je envie d’enseigner dans un lycée ? J’aimerais aussi pouvoir aider de jeunes profs, pour qu’ils ne vivent pas ce que j’ai vécu au démarrage, mais pour le moment je ne sais pas comment faire ». Aujourd’hui, elle réapprend surtout à faire des choses pour elle, une habitude quelque peu perdue, entre le concours et ses débuts en tant que prof. « Maintenant que j’ai à nouveau un peu de temps, je recommence à faire de la photo, à organiser des sorties entre ‘’marcheuses’’ avec mes amies, bref à me détendre. Ce sont ces choses qui me rechargent en énergie, ces moments en famille ou entre copains où l’on peut rire, se lâcher, être soi-même ».

« A travers mon expérience,  mes enfants ont vu qu’il était possible de changer  de vie »

Quand elle fait un premier bilan de sa reconversion, Elisabeth ne regrette rien, rien de rien… « Même si c’est difficile, même si l’on passe par des phases où l’on doute, il ne faut pas hésiter à tenter le coup si l’on a vraiment envie de changer de vie. C’est une ouverture extraordinaire sur autre chose, ça permet de progresser, d’aller de l’avant. En revanche, attention à ne pas être naïf : ça n’est pas facile et celui qui veut réussir doit se donner à fond ! Je suis heureuse de l’avoir fait, pour moi mais aussi pour mes enfants : à travers mon expérience, ils ont vu qu’il était possible de changer si l’on s’en donnait les moyens ».

Texte Corinne Martin-Rozès / Illustration © Maud Benaddi
— Texte et images ne sont pas libres de droit —



Catégories :Reconversion

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12 réponses

  1. Bravo pour ce courage !

  2. Bonjour,

    je suis aussi prof d’allemand en collège et si tu veux, nous pourrions échanger un peu nos idées …
    Bis später und einen schönen Abend,!

  3. Bonjour Elisabeth

    Je suis actuellement en pleine réflexion pour reprendre finalement mon idée première qui consistait à enseigner l’allemand ! Passionné par la langue allemande la civilisation et diplôme d’une licence llce allemand a La Sorbonne nouvelle j’aimerais rentrer en contact avec vous car j’ai énormément de questions que je me pose auxquelles je n’ai pas de réponse dans l’immédiat.

  4. Bonsoir Elisabeth!
    Félicitations pour ce changement de vie!
    Moi aussi je fais une reconversion en tant que prof d’allemand (et j’aurai 41 ans l’année prochaine 😄) et j’enseigne en tant que suppléante depuis janvier sans concours et sans formation. Alors si tu as des conseils à me donner (à commencer par les livres à se procurer pour réussir le Capes, je suis preneuse!
    Merci et bravo encore pour ton parcours.
    Florence

  5. Ja gerne ! Es wäre mit höchstgrossem Vergnügen !
    Kann ich dir vielleicht meine Email-Adresse mitteilen, so dass wir miteinander darüber diskutieren könnten und zwar austauschen!
    Also vielleicht könntest du mir eine private Nachricht versenden um Kontakt miteinander aufzunehmen?

  6. Bonsoir Elizabeth,
    moi je suis actuellement prof d’allemand dans un établissement francais après avoir passé une dizaine d’année dans un établissement anglais. Le système est totalement différent et dure au début qu’on a envie de jeter l’éponge quelquefois.Bon, mais quánd même je voudrais sincèrement aller de l’avant et faire beaucoup de choses pour mes élèves; comme par exemple les faire correspondre aux allemands ou encore faire un voyage scolaire en Állemagne ou organiser des jeux pour les 5ème.Alors si tu as des Conseils à me donner, je serai ravie de les prendre. Merci bien.

  7. Bonjour, je suis étudiante en langue à l’Université d’Aix-en-Provence, en 2e année. Dans le cadre de mes études, je dois réaliser une interview d’un professionnel dont le métier m’intéresse. Étant donnée que je m’intéresse au métiers de l’enseignement, j’ai fais des recherches sur internet et je suis tombé sur votre page. J’aimerai savoir si c’est possible d’avoir les coordonnées d’Elizabeth qui est devenu professeur d’allemand pour qu’elle m’accorde un instant pendant lequel elle répondrait à mes questions.

    Bien cordialement.

  8. Bonsoir. J’ai une question. J’ai également la double nationalité (française et allemand) et en reconversion.
    Ma première question est : en étant bilingue avez vous trouvé l’épreuve difficile?
    Ma deuxième : Pourquoi ne vous êtes vous pas inscrite au troisième concours? Ce dernier n’existait peut être pas à l’époque?
    J’hésite entre le concours externe et le troisième concours (je me suis inscrite aux deux par précaution) J’angoisse bien sûr n’ayant pas étudié depuis plusieurs années. J’ai 44 ans.
    Merci pour votre réponse

    • Désolée Stéphanie mais Elisabeth ne verra sûrement pas votre commentaire, ici vous êtes seulement sur un blog qui raconte son parcours…

    • Bonjour Stephanie,

      Je suis de nationalité allemande et vit en France depuis 20 ans. Je souhaite aussi passer le Capes externe ou troisième Capes en 2021.
      Est-ce que tu as déjà passé le troisième Capes? On m’a dit qu’il y a moins de postes pour les lauréats du troisième Capes. Est-ce vraie et est-ce que tu as trouvé un poste suite au Troisième Capes?
      Comment tu t’es préparé? Par le CNED ou seulement en lisant les jury ?

      Merci pour tes réponses

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