Catherine, chef de chœur Gospel : « Je veux reconnecter les Français avec leur musicalité »

Si elle n’a jamais douté de sa nature artistique, Catherine Mennessier a tout d’abord cru que sa vocation était le dessin. Pendant plus de deux décennies, elle a ainsi été « roughman », dans la publicité, traduisant en dessin les idées et concepts des équipes de création. Mais un beau jour le chant, qu’elle pratiquait en parallèle depuis quelques années, a pris le dessus. Aujourd’hui chef de chœur Gospel, elle anime l’association Seeds of Joy, qu’elle a créée il y a six ans. Son projet ? Ouvrir une école de chant. Et quand on l’écoute en parler, on s’y voit déjà… Itinéraire d’une passionnée.

Photo © Marie-Pierre Lemoigne

Photo © Marie-Pierre Lemoigne

A priori, rien ne destinait Catherine Mennessier au Gospel ! Quoique… Cette jeune quinqua qui ne tient pas en place est une véritable tornade à l’enthousiasme communicatif. Elle qui se décrit comme timide, hyperémotive et peu sûre d’elle, se transforme quand elle parle de sa passion et des valeurs qu’elle veut aujourd’hui porter haut : la générosité, le partage, mais aussi l’excellence. Aujourd’hui, Catherine sait où elle va et y va tout droit, même si elle a conscience de faire un peu figure d’ovni dans le domaine du Gospel. « Lorsque je prends un rendez-vous par téléphone pour mon association et que les gens me voient arriver, ils sont souvent surpris car je n’ai pas « la tête de l’emploi » : les stéréotypes ont la vie dure ! On s’attend à voir une jeune noire américaine, or j’ai la cinquantaine, je suis blanche et je n’ai jamais mis les pieds aux Etats-Unis… Mais aujourd’hui, je ne me pose plus de question sur ma légitimité, j’ai dépassé cela. Le chant Gospel a réellement transformé ma vie et j’ai à cœur de partager, de faire rayonner ce qu’il m’apporte » indique-t-elle dans un sourire.

« Mes parents, qui n’avaient pas eu la chance de pouvoir exprimer leur potentiel artistique dans leur enfance, m’ont encouragée »

traoté crayonAu commencement, Catherine avait déjà pas mal d’atouts dans sa manche : toute petite, elle fait preuve de dispositions très marquées pour les disciplines artistiques. « Dès six ou sept ans je dansais, je chantais, je dessinais, j’adorais ça ! Mes parents, qui n’avaient pas eu l’opportunité d’exprimer leur potentiel dans leur enfance, m’ont encouragée et fait donner des cours. C’était une chance, mais en même temps aussi je ressentais une grosse pression. Je n’avais pas le droit d’être médiocre, de décevoir… » se souvient-elle. La vie n’est pourtant pas douce pour la petite fille, qui passe plusieurs années difficiles dans une école privée où les châtiments corporels sont quotidiens, sans qu’elle et ses sœurs osent en parler à leurs parents. Elève assez moyenne, Catherine met du temps à se reconstruire après ces années de violence, et devient une ado rebelle, tendance mauvaises fréquentations. A dix-sept ans, c’est le choc lorsqu’elle voit « Fame » d’Alan Parker au cinéma : une telle école existe, c’est merveilleux, si seulement… Mais New-York est bien loin de la Savoie. Elle passe alors un bac littéraire et choisit, par défaut, le dessin. Inscrite à Lyon dans une école d’arts appliqués, elle y reste six mois et jette l’éponge. « J’étais déracinée, j’avais 18 ans, j’étais loin de ma famille et l’enseignement ne me plaisait pas. Mes parents, qui me donnaient accès à cela alors qu’eux n’avaient eu droit  à rien au même âge, ne comprenaient pas mon malaise » raconte-t-elle. Elle monte alors un groupe musical avec un copain, mais cela ne débouche sur rien. Puis elle prend le train pour Paris, en faisant croire à sa famille qu’elle est admise aux Beaux-Arts… Après une année de galère, où elle vit de petits boulots tout en montant son dossier pour se présenter en bonne et due forme, elle décroche réellement son admission mais décide au dernier moment de ne pas y aller. « J’ai réalisé in extremis que j’étais plus artisan essai-01qu’artiste. Je voulais vraiment vivre du dessin, il fallait donc aller vers des métiers où c’était possible, comme la publicité. Et justement, l’Ecole de Communication Visuelle (ex ECV, aujourd’hui LISAA) ouvrait ses portes à la rentrée suivante. Là encore, mes parents ont été compréhensifs et ont accepté de me payer ces études ».

« Vingt ans de bonheur professionnel, puis le désenchantement »

Parallèlement, la jeune fille un peu instable qu’elle était se pose et change de rythme : elle rencontre son futur mari, l’épouse quelques mois plus tard et, à 24 ans, met au monde leur premier enfant. A la sortie de l’école, elle commence par être graphiste, mais se rend bien vite compte que ce métier n’est pas pour elle et devient « roughman » pour des agences de publicité. « Pour résumer ce métier, disons qu’il faut savoir écouter pour illustrer une intention, La Motte Fraîche 01 correctionstranscrire visuellement ce qui m’était raconté, faire naître des images, un style, un cadrage, une lumière…. Toute la campagne part ensuite de ce découpage d’images très abouti. J’ai commencé à travailler au feutre, puis je suis passée à l’aquarelle et enfin au pastel sec. J’ai eu la chance de retenir l’attention d’un agent formidable, Caroline Maréchal, qui m’a représentée pendant des années et m’a notamment fait rencontrer le grand pastelliste Philippe Rubin » relate-t-elle. Petit à petit pourtant, le métier évolue, les attentes des clients également. Même si elle s’est mise à l’informatique, Photoshop et Painter notamment, Catherine a de moins en moins de travail et surtout, ce qu’on lui demande l’ennuie de plus en plus. L’exigence artistique n’est plus là, les missions deviennent purement alimentaires et ne lui permettent plus de s’accomplir dans son métier, même si elle ne songe pas encore à changer de voie, pour des raisons matérielles, avec trois ados à la maison et un crédit à rembourser.

« Je faisais trois heures de transport aller/retour pour aller à mon cours du soir, deux fois par semaine »

Photo © J.C. Noëlise

Photo © Jean-Christophe Noëlise

Car si elle ne s’éclate plus en tant que « roughman », Catherine a trouvé un autre moyen d’expression. Depuis dix ans, elle s’est mise au chant, en commençant par rejoindre un chœur gospel dans sa commune des Yvelines, Marly-le-Roi. Au début, elle y va une fois par semaine. Mais très vite, son perfectionnisme la pousse à aller voir plus loin, elle veut progresser. Suite à un désaccord avec la chef de chœur, elle quitte cette association et s’inscrit, à 45 ans, dans l’école de chant CDC Gospel, à Montreuil. Les trois heures de trajet ne lui font pas peur, elle s’y rend deux soirs par semaine, tout en continuant à travailler à côté. Elle s’accroche pendant trois ans, elle y croit, elle bosse dur comme fer, tant et si bien que ses professeurs l’invitent bientôt à les rejoindre sur scène. «  Ils m’ont donné ma chance, m’ont fait confiance et légitimée en tant que chanteuse de Gospel. C’était assez drôle car j’étais souvent la seule blanche au sein de ces groupes, j’avais à cœur qu’ils m’acceptent et je redoublais d’autant plus d’effort pour être à niveau ». Plus le gospel prend de l’importance, plus les commandes publicitaires diminuent. « Nos finances atteignaient un seuil si critique que mon mari et moi nous étions résolus à vendre notre maison. L’inquiétude était à son maximum ! »  A ce moment là, un événement externe  fait figure de détonateur. «  Une maison plus petite que la nôtre s’est trouvée à vendre de l’autre côté de la rue. Nous avons sauté sur l’occasion, vendu la nôtre et déménagé : cela nous a permis de respirer financièrement sans quitter cette ville où nous étions si bien. Et je me suis sentie libre d’aller vers autre chose sans que cela nous mette en danger » explique-t-elle. Fini la pub, définitivement. Avec le soutien de son mari, qui a toujours cru en elle, Catherine part en tournée avec Gospel Events et fait ainsi ses classes, de concert en concert. En 2009, elle fonde le chœur Gospel Seeds of Joy, qui affiche aujourd’hui une cinquantaine de membres. Toujours en mouvement, elle réfléchit aujourd’hui monter une école de chant Gospel. « J’ai conscience que cela va être ardu mais je vais tenter l’aventure. Je vois du chant mais aussi de la danse, de la corporythmie, du beat-boxing, de l’expression scénique, en un mot toutes les disciplines ayant trait au Gospel. Même si mon activité me rapporte très peu (rien à voir avec ma vie d’avant, où je gagnais 6 à 7 fois plus par mois !), je viens de me payer une formation marketing car je sais que j’en ai besoin pour mener à bien ce projet. Maintenant, il me faut trouver un lieu, idéalement sur la ligne du RER A pour que les Parisiens puissent facilement venir. Je dois aussi constituer une équipe, avec des partenaires qui partagent mes valeurs » commente-t-elle.

« Le travail doit retrouver sa connotation d’épanouissement, au-delà de la contrainte qu’il évoque aujourd’hui »

La création de cette école de chant, Catherine Mennessier en parle presque comme d’une mission. « En France, je m’en rends compte, beaucoup de gens ont envie de chanter mais ne savent pas comment s’y prendre, où aller, comment exprimer ce qu’ils ont en eux. J’adore mon pays et je sais combien le peuple français est talentueux. En si on commençait par arrêter de se fustiger, de se dénigrer et de penser que tout est forcément mieux ailleurs ! Où est passée notre musicalité ? Elle est enfouie en nous, elle n’ose plus se montrer, au même titre que d’autres valeurs. Il faut réinstaurer le sens de l’effort : tout n’est pas ludique, le travail est nécessaire pour réussir, or aujourd’hui hélas, en France, le travail a essentiellement une connotation de contrainte et non plus d’épanouissement. Le Gospel parle d’amour, de partage, de générosité, il est un cri, un appel au secours et l’espoir d’un avenir meilleur : autant de choses que l’on n’ose plus évoquer mais qui font du bien quand on les chante, je m’en rends compte à chaque séance !  Je veux pouvoir accueillir dans cette future école tant des débutants que des chanteurs confirmés et leur permettre notamment de monter sur scène pour transmettre ces messages et montrer que le Gospel va bien au-delà du folklore auquel on a tendance à le ramener… Quitte à chanter, un jour, en français, même si je sais qu’aujourd’hui on n’y est pas encore prêt. Mais cela viendra ! » ajoute-t-elle.

Photo © Jean-Christophe Noëlise

Photo © Jean-Christophe Noëlise

« Mon secret ? J’autoalimente ma motivation, je me booste toute seule ! »

Ce changement de vie, Catherine l’a voulu, l’a pris à bras le corps, l’a façonné. « Il est possible de se reconvertir quand on est proche de la cinquantaine. Mais à un moment donné, les rêves doivent s’incarner et pour cela il est nécessaire de ne plus se donner la possibilité de reculer : il faut sauter le pas, mettre les mains dedans pour n’avoir aucun regret ! Même si reprendre ses études sur le tard n’est pas chose facile, je me suis accrochée : j’ai appris l’informatique à 40 ans, le chant, le piano, l’harmonie à 45 ans et changé d’orientation professionnelle à la veille de la cinquantaine. Lorsque je flanche, je me retourne sur mon parcours et je mesure mes progrès avec humilité et reconnaissance, c’est ce qui m’encourage à persévérer. J’ai pu cueillir les fruits de mon travail et je ne connais rien de meilleur pour le moral. Le plus difficile pour moi est de maintenir une discipline quotidienne et de résister à la tentation du «  à quoi bon !». Je ne suis pas quelqu’un qui a une volonté d’acier, bien au contraire. Je doute, j’hésite beaucoup et j’ai tendance à me décourager assez vite alors pour tenir bon, je  proclame la victoire avant même de l’avoir obtenue.  J’ai mon truc à moi : j’autoalimente ma motivation. J’ai une liste d’affirmations, une « Déclaration de Confiance et d’Intention » que je lis haut et fort, si possible chaque jour, pour me dynamiser… Je me dis notamment, pêle-mêle, que je suis légitime, indestructible, en bonne santé, que je marche vers mon but, que rien ne peut m’atteindre… La vie est courte, et je veux bien remplir la mienne, en étant fidèle à mes valeurs, en faisant quelque chose d’utile pour les autres. Comme disait le général Douglas MacArthur, ‘’on ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années, on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal’’. Ça nourrit ma persévérance! » conclut-elle.

 –  Texte Corinne Martin-Rozès / Photos © Jean-Christophe Noëlise © Marie-Pierre Lemoigne  – – Texte et photos ne sont pas libres de droit –

  Pour aider Catherine à monter son projet, répondez au sondage sur la création de l’école de Gospel en cliquant ici. SEEDS of JOY –  Choeur Gospel La page Facebook du Choeur



Catégories :Parcours atypique, Reconversion

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7 réponses

  1. Bravo Catherine ! Pouvons-nous en savoir un peu plus sur ta « Déclaration de Confiance et d’Intention » ? Rien que l’intitulé me fait envie…

    • Coucou Isa,
      la Déclaration de Confiance et d’Intention est une façon de travailler sur le subconscient.
      Le moyen ? Ecrire-suggérer-proclamer.
      Sur une feuille blanche, j’écris des phrase ou je m’implique émotionnellement et où je parle à la première personne à mon subconscient.

      Voici un extrait de ma DCI:
      Je suis une chanteuse de Gospel , une chef de choeur précise et inspirée
      Je suis dans mon axe, légitime et assurée,
      Je suis calme , confiante, exactement à ma place,
      Je prends soin de mon corps et de son alimentation
      Je suis en parfaite santé et je le resterai,
      je pulvérise les obstacles car je connais les bienfaits de mon enseignement
      etc, etc…

      Ainsi, jour après jour, je lis à haute voix cette DCI et je programme mon subconscient.
      Ces mots me régénèrent et m’encouragent. JE SUIS ce que je dis et tout est possible à celui qui croit!

      Bises Isa.

      Et si on se servait de cet espace pour échanger nos DCI, ça serait super, Corinne qu’en penses-tu?

  2. Merci Catherine, je crois que je vais me laisser tenter par l’élaboration d’une DCI (très PNL tout çà !). Je suis dans une période de doutes et je crois que j’ai besoin de m’aider. Je crois que c’est une excellente solution pour reprendre confiance en moi.
    Je tente, j’expérimente… et je vous raconte 🙂
    Merci

  3. C’est la méthode Coué ; je vais bien … tout va bien … !

  4. C’est la méthode Coué : je vais bien … tout va bien …

    • Bonjour Tartinette,
      pour répondre à votre commentaire, la Méthode Coué est une programmation mentale basée sur la seule volonté de se leurrer pour parait-il aller mieux.
      Il semblerait que se dire  » j’ai chaud, j’ai chaud » alors que l’on tremble de froid contribuerait à diminuer effectivement la sensation de froid. Nous l’avons, je pense tous fait un jour , pour nous apercevoir que cela dure ce que cela dure.

      La déclaration de Confiance et d’Intention se base sur la parole vivante de Jésus et sur les promesses de Dieu, ce sont les proclamations de ces promesses appliquées à ma vie qui me donne l’autorité de les déclarer.
      C’est donc une démarche spirituelle et complètement personnelle puisque la rencontre avec le Christ est intime, aucune ne ressemble à une autre. C’est ce qui me donne la force et la paix de proclamer la Victoire quelques soient les circonstances.

      Si vous voulez en savoir plus, restons en contact.
      Bien à vous

      Catherine

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